Pour la première fois, un juge a eu recours à la réalité virtuelle (VR) pour se replonger dans une scène de crime depuis le point de vue de l’accusé.
En Floride, le juge Andrew Siegel a marqué une première dans l’histoire judiciaire américaine. Lors d’un procès, il a utilisé un casque de réalité virtuelle pour examiner une simulation immersive d’une agression présumée.
L’affaire concerne Miguel Albiso, accusé d’avoir brandi une arme à feu sur plusieurs invités lors d’une altercation en 2023. Il plaide la légitime défense, affirmant qu’il tentait de protéger sa femme et son fils. Pour appuyer cette version, l’avocat de la défense a commandé une reconstitution en réalité virtuelle, compatible avec le casque Meta Quest 2. Celle-ci place les utilisateurs dans la peau de l’accusé, offrant au tribunal un aperçu de la scène telle qu’il l’aurait perçue au moment des faits.
Les atouts de cette technologie
Grâce à ce dispositif, il n’est plus nécessaire de faire sortir un détenu de prison pour participer à une reconstitution. Cette solution facilite grandement le travail du personnel pénitentiaire, surtout lorsqu’il s’agit de détenus dangereux. De plus, la scène peut être rejouée à l’infini. La modélisation en 3D garantit une conservation fidèle de la scène telle qu’elle était au départ, permettant d’y revenir virtuellement autant de fois que nécessaire.
Une immersion qui interroge
L’introduction de la réalité virtuelle dans les tribunaux ouvre des perspectives inédites pour la reconstitution des faits. En permettant aux magistrats et enquêteurs de « vivre » une scène de crime depuis l’intérieur, cette technologie promet une meilleure compréhension des situations complexes. Mais cette immersion soulève aussi des interrogations : la VR offre-t-elle une représentation fidèle des faits ? Et surtout, comment éviter que l’immersion n’influence inconsciemment le jugement à travers une charge émotionnelle trop forte ?
Cette innovation soulève également des questions en matière de droit de la défense : comment garantir un usage équitable de la réalité virtuelle au sein du procès pénal ? Faudra-t-il créer des experts en VR judiciaire ? Et comment s’assurer que les parties disposent toutes du même niveau d’accès à ces outils ?
En France
En juin 2026, c’est le tribunal judiciaire de Caen dans le Calvados qui deviendra le premier en France à se doter d’une salle immersive accessible à l’ensemble des acteurs de la justice pénale. Dans cet espace, les magistrats et les enquêteurs pourront explorer des scènes de crime reconstituées en réalité virtuelle. Ce dispositif a été développé conjointement par le pôle judiciaire de la gendarmerie nationale, des chercheurs d’Aix-Marseille et de l’École polytechnique.
En somme, la réalité virtuelle ouvre de nouvelles perspectives pour la justice en offrant des outils immersifs. Pourtant, malgré ces avantages, cette technologie soulève des interrogations. L’enjeu sera donc de trouver l’équilibre entre progrès technologique et garanties procédurales.
Camille FLAMAND
M2 Cyberjustice – Promotion 2024/2025
Sources :
- I Crime, un nouvel outil de réalité virtuelle pour reproduire et s’immerger dans les scènes de crime
- Un casque VR au tribunal : un juge floridien l’utilise lors d’un procès
- Qu’est-ce que I-Crime, cet outil de réalité virtuelle qui modélise les scènes de crime ?
