You are currently viewing Quelle régulation pour la presse et les médias face à l’IA ?

« Certains imaginent des rédactions remplacées par des robots, capables de rédiger une information personnalisée, complètement adaptée aux atteintes et aux besoins des destinateurs. Cette idée des technologies menaçantes est assez ancienne dans notre milieu » estime Pascal Guénée. Ici, le directeur de l’Institut Pratique du Journalisme Dauphine-PSL évoque la perception selon laquelle un robot, une intelligence artificielle (IA) pourrait remplacer la rédaction humaine dans le secteur de l’information. Face à cette faculté rédactionnelle pour la technologie, quels sont les remparts dressés pour préserver au mieux l’activité humaine dans ce domaine ?

 

Une menace déjà bien présente dans le monde

RADAR, Reporters And Data and Robots, était un projet financé par Google en 2017. Ce dernier avait versé 706 000 euros au profit d’une importante agence de presse du Royaume-Uni : «  la Press Association ». L’objectif était la création d’un service de rédaction devant aboutir à 30 000 nouvelles locales par mois rédigées par des robots. Le journal quotidien le Washington Post a lui aussi eu recours à un robot appelé Heliograf. Ce journal aurait publié 850 articles provenant de ce robot durant l’année 2017.

Cette tendance au recours à des robots dotés d’IA génératives ne se borne pas aux Etats-Unis. L’Hexagone a succombé à la tentation. Ainsi, le journal quotidien Le Figaro ou encore le groupe Les Echos-Le Parisien se sont munis d’une charte sur l’IA générative pour prévenir de son utilisation. Cette volonté de régulation est en lien avec le projet ambitieux de la Charte de Paris sur l’intelligence (IA) et le journalisme.

 

Une volonté d’encadrer l’IA par la Charte de Paris sur l’intelligence artificielle  et le journalisme

Cette charte est un projet qui a été mené par une commission réunissant vingt pays différents, seize organisations et Reporter Sans Frontières. La lauréate du prix Nobel de la paix 2021, Maria Ressa, était à la présidence de cette commission. Adoptée le 10 novembre 2023, la charte de Paris sur l’IA et le journalisme constitue encore à ce jour la première référence sur une utilisation éthique et déontologique de l’IA dans le domaine de la rédaction des médias et du journalisme.

 

L’acceptation de l’IA dans le domaine de la rédaction

Dans le Préambule de la Charte de Paris sur l’IA, il n’y a pas de refus de collaborer et de travailler avec l’IA. Au contraire, elle reconnaît expressément que cette « nouvelle catégorie de technologie […] constitue un tournant majeur pour la collecte d’informations, la recherche de la vérité, la narration et la diffusion des idées » (extrait du Préambule de la Charte de Paris sur l’IA et le journalisme). Toutefois, l’usage de l’IA est subordonné à plusieurs principes que la charte énumère.

Il ressort de cette charte que l’IA est un outil pour servir et aider l’humain dans son activité rédactionnelle. Cela se remarque dans les chartes des journaux français du groupe Les Echos-Le Parisien qui précisent  que la publication du contenu éditorial généré par une telle technologie ne sera possible qu’après un contrôle éditorial humain.

Ainsi, la charte laisse une priorité à l’humain qui doit garantir :

  •       Le contrôle éditorial
  •       Les évaluations du système d’IA pour respecter les principes éthiques du journalisme (vérité, exactitude des informations et sources, indépendance) lors de son utilisation.

L’humain est donc responsable du contenu éditorial diffusé par l’IA. Par ailleurs, l’utilisation de cette dernière doit être mentionnée. Cela permettra d’une part de distinguer les contenus authentiques des contenus synthétiques, et d’autre part d’assurer une transparence et une traçabilité de la production faite par l’IA. Enfin, il est nécessaire de prendre part à la gouvernance de l’IA. .

La charte laisse donc un rôle actif à l’humain. Malgré le fait qu’une charte n’a pas de force normative, elle témoigne d’une volonté de rééquilibrer les rapports entre la capacité rédactionnelle du journalisme et l’IA. Elle prône une utilisation raisonnée, précautionneuse et modérée de l’IA pour prévenir des dérives de celle-ci.

A l’heure actuelle, le droit français ne reconnaît aucun droit à l’IA. A ce titre, un article a été écrit par Jeanne Casamatta « Proposition de loi visant à encadrer l’intelligence artificielle par le droit d’auteur ». Malgré tout, une question reste en suspens. En effet, l’avancée toujours plus poussée des capacités de l’IA permettrait-il un jour de remettre en question les droits d’auteur ?

 

 

Clara Bonnard
M2 Cyberjustice – Promotion 2024/2025

 

Sources :

https://dauphine.psl.eu/eclairages/article/impact-de-lia-dans-les-redactions-outils-enjeux-et-pratiques-actuelles-dans-les-redactions#:~:text=%C2%AB%20Certains%20imaginent%20des%20r%C3%A9dactions%20remplac%C3%A9es%20par%20

https://www.theguardian.com/technology/2017/jul/06/press-association-wins-google-grant-to-run-news-service-written-by-computers

https://www.nytimes.com/2019/02/05/business/media/artificial-intelligence-journalism-robots.html#:~:text=As%20reporters%20and%20editors%20find%20themselves%20the%20victims

https://www.forbes.com/sites/nicolemartin1/2019/02/08/did-a-robot-write-this-how-ai-is-impacting-journalism/

https://larevuedesmedias.ina.fr/les-medias-face-lintelligence-artificielle-20-chartes-passees-au-crible#:~:text=Initi%C3%A9e%20par%20Reporters%20sans%20fronti%C3%A8res%20(RSF),%20la%20Charte

https://rsf.org/sites/default/files/medias/file/2023/11/Charte%20de%20Paris%20sur%20l%27IA%20et%20le%20journalisme_1.pdf

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