You are currently viewing « Fake news » : le constat d’une terminologie inadaptée face à un phénomène aux dimensions multiples

Fake news, fausses nouvelles, infox… ces termes largement répandus dans le langage courant prétendent désigner le phénomène des informations erronées ou trompeuses. Pourtant, s’ils occupent une place notable dans le discours social, leur usage apparaît de plus en plus inadapté face à la complexité du phénomène qu’ils tentent de nommer. Plus encore, leur intégration dans le langage juridique pourrait mener à obscurcir la compréhension des dynamiques contemporaines des troubles de l’information, compromettant ainsi leur identification et, par conséquent, l’effectivité de leur encadrement.

 

L’usage du terme « fake news » : une expression à l’imprécision néfaste

Jouissant d’une large présence dans le débat public, l’emploi des termes « fake news » ou « fausses nouvelles » a progressivement trouvé sa place dans l’arsenal juridique. En témoigne notamment l’article 27 de la loi de 1881 sur la liberté de la presse, lequel prohibe la diffusion de « fausses nouvelles ». Plus récemment, la loi du 22 décembre 2018 relative à la lutte contre la manipulation de l’information a introduit, dans le Code électoral, plusieurs dispositions visant à encadrer la diffusion de « fausses informations » en période électorale.

Pourtant, et malgré cette reconnaissance législative, ces termes peuvent être critiqués pour leur flou conceptuel. Plusieurs travaux ont souligné leur inaptitude à saisir la complexité des phénomènes informationnels contemporains.

Claire Wardle, chercheuse en communication et cofondatrice de l’organisation First Draft, alerte notamment sur le caractère vague et réducteur de l’expression « fake news ». Dans son rapport sur les « désordres de l’information », le Conseil de l’Europe reprend cette analyse critique, soulignant l’inadéquation de l’expression « fake news » au regard des objectifs de lutte contre les dérives de la communication en ligne. En effet et selon ces analyses, cette notion demeure trop vague et abstraite, ce qui complique l’identification précise des réalités qu’elle recouvre. Elle échoue à distinguer entre des phénomènes substantiellement différents, tels que la décontextualisation, la propagande, la rumeur ou encore le complotisme. Cette confusion sémantique nuit à une compréhension claire du phénomène et entrave la mise en place de réponses adaptées.

En outre, en raison de son imprécision, le terme « fake news » est aisément récupérable à des fins politiques. Son usage peut ainsi servir à discréditer des discours critiques, à attaquer la presse ou à faire taire des oppositions, posant un risque majeur pour la liberté d’expression et le pluralisme démocratique.

 

Vers un lexique plus pertinent : quelles alternatives adopter ?

Pour cibler le terme le plus approprié, les études susmentionnées proposent une distinction fondée sur l’intention qui sous-tend la diffusion de l’information en cause.

D’une part, le terme de « mésinformation » désigne des contenus faux ou trompeurs partagés sans intention de nuire. La mésinformation se caractérise ainsi par la bonne foi de celui qui relaie l’information, souvent persuadé de sa véracité. Ce phénomène est courant chez les adeptes de théories complotistes, qui diffusent des contenus auxquels ils accordent une croyance sincère.

D’autre part, le terme de « désinformation » désigne des contenus similaires, faux ou trompeurs, mais diffusés intentionnellement, dans le but de manipuler ou d’induire en erreur. Cette diffusion est généralement motivée par des objectifs économiques, politiques ou idéologiques. La désinformation se distingue ainsi par une intentionnalité malveillante, ou à tout le moins stratégique, visant à altérer la perception du public. Elle se manifeste notamment dans les contextes de guerre informationnelle, ou à travers l’action d’acteurs comme les trolls, qui propagent délibérément des contenus mensongers.

Plus qu’un simple débat terminologique, l’adoption différenciée de ces notions contribue à une lutte plus efficace contre les troubles de l’information. En effet, compte tenu de leurs impacts distincts, les réponses à apporter doivent être proportionnées et adaptées.

La désinformation, par sa nature, constitue en effet une menace plus grave : elle appelle des dispositifs de surveillance active, de démystification rapide et de réaction institutionnelle rigoureuse. En revanche, bien que la mésinformation puisse également causer des préjudices, elle peut être plus aisément contenue, notamment parce qu’elle circule dans des cercles restreints et résulte souvent d’une erreur de bonne foi.

En tout état de cause, l’appréhension fine de ce phénomène protéiforme, dont l’ampleur est sans précédent à l’ère numérique, s’impose désormais comme un impératif démocratique. L’usage d’une terminologie précise permet d’identifier les acteurs, de comprendre les logiques sous-jacentes et, par conséquent, d’anticiper et structurer les réponses à y apporter.

 

FOOS Justine

Master CYBERJUSTICE, promo 2024/2025

 

Sources  

https://firstdraftnews.org/articles/fake-news-la-complexite-de-la-desinformation-2/

Haigh et al, (2017) Stopping Fake News: The work practices of peer-to-peer counter propaganda. Journalism Studies, 1-26.

INFORMATION DISORDER : Toward an interdisciplinary framework for research and policy making , Council of Europe. 

 

 

 

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.