You are currently viewing Numérique : quel sera le plan de sobriété énergétique prévu par le gouvernement Français ?

Bien que le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) atteste que les émissions anthropiques de dioxyde de carbone sont responsables du changement climatique, la part du numérique dans les émissions mondiales de gaz à effet de serre ne cesse d’augmenter, au point qu’aucun autre secteur n’ait fait face à une croissance d’une telle intensité. 

 

Plus précisément, dans son plan de sobriété énergétique d’octobre 2022, le gouvernement français précise que le secteur du numérique consomme environs « 5% de l’énergie mondiale », représente à hauteur de 3,5% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde et « 2 % de l’empreinte carbone au niveau national » , soit autant que le secteur aérien et ce au rythme de +6 % par an.

 

Partant de ces préoccupations liées à la transition énergétique et numérique, la sobriété numérique qui s’inscrit dans une démarche de numérique responsable, a vu le jour.
Néanmoins, si les technologies de l’information furent, longtemps, perçues comme de réels atouts pour la transition énergétique et écologique, la prise de conscience sur leur impact environnemental demeure relativement récente. 

 

Face à ces perspectives catastrophiques, qu’en est-il des politiques publiques ?
Bien que le sujet ne soit que récemment devenu un réel problème public, l’enjeu écologique du numérique s’est inscrit, à partir des années 1990, dans l’agenda des politiques publiques. 

 

Ainsi, des directives européennes vouées à en limiter les implications néfastes et qui débouchèrent sur l’institution d’un « marché unique vert » dont le Green New Deal s’inspire, ont vu le jour. Il s’agissait entre autres de l’EuP (energy-using products), la DEEE (déchets d’équipement électriques et électroniques) et la RoHS (Restriction of hazardous substances in electrical and electronic equipment).
C’est dans un même temps que Jean-Philippe Nicolaï et Lise Peragin suggèrent de mettre en place une certification de sobriété numérique.
De nombreux labels sont ainsi apparus à des fins de renseignement du consommateur (certification TCO, normes ISO) et des réglementations ont notamment encadré la fin de vie des appareils électroniques. 

 

Toutefois, si ces mesures semblent limitées car elles omettent de prendre le problème dans sa globalité, quel sera le plan du gouvernement pour l’année ? Dans le cadre du plan de sobriété énergétique, le gouvernement liste plusieurs actions, majoritairement des incitations, à mener dans le numérique qui compte actuellement pour 10 % de la consommation électrique française. 

 

La Première ministre Elisabeth Borne a décliné, le 6 octobre, tous les leviers à actionner, afin que la crise énergétique ne débouche pas sur un écroulement de la distribution électrique. 

L’idée étant de lister les engagements que pourraient prendre les acteurs du numérique. Cet engagement concerne les télécommunications, les centres de données, la puissance de calcul ou encore des moyens généraux concernant le fonctionnement de l’entreprise. 

 

S’agissant des télécommunications, les opérateurs sont incités à définir une option de mise en veille automatisée sur des box internet et les décodeurs TV dès que l’appareil n’est plus sollicité.
À ce titre, dans un discours tenu le 10 octobre 2022, par Jean-Noël Barrot, ministre de la Transition numérique, l’idée d’une potentielle mise en veille forcée fut avancée. Toutefois, bien que différents fournisseurs d’accès à Internet encourageaient auparavant des éco-gestes, la mise en veille ou l’extinction de la box devra se faire au cas par cas afin de ne pas provoquer l’effet inverse, à savoir, une hausse de la consommation énergétique.  

 

Pour les data centers, la stratégie du gouvernement est d’améliorer l’efficacité énergétique des data centers de l’État et de limiter les refroidissements des salles où sont stockés les serveurs. En effet une remonté de deux degrés entraînerait une diminution  « de la consommation d’énergie de l’ordre de 7 à 10 % » .
Il est également prévu de déplacer certains gros traitements informatiques très énergivores sur des créneaux moins utilisés au niveau national.

 

Parmi les mesures propres aux entreprises de la tech, le gouvernement appelle à « rationaliser le stockage des données » et à privilégier des acteurs ayant souscrit au Code de conduite européen de l’efficacité énergétique des data centers.
Il est ensuite demandé aux fournisseurs de solutions cloud de couper les serveurs non utilisés, retirer les composants non nécessaires, limiter le recours systématique à la climatisation ou encore améliorer les systèmes technologiques de refroidissement des serveurs stockant les données.
Ce plan reposant sur l’engagement volontaire des parties, des tarifications incitatives pourraient être prévues pour les entreprises. 

De même, un décret, publié le 17 octobre 2022 au Journal Officiel et entré en vigueur le lendemain, prévoit l’extinction des publicités lumineuses éclairées ou numériques « en cas de situation critique sur le réseau électrique français » via l’alerte du signal « Écowatt rouge ».

Néanmoins, il ne faut pas oublier que la sobriété numérique est l’affaire de tous.
En effet,  si le concept de sobriété numérique est assez peu connu des français, les modes de vie numériques ont des conséquences, directes ou indirectes, sur le changement climatique : 47 % des gaz à effet de serre produits par les technologies sont dus aux équipements des consommateurs.
La cause résulterait d’un renouvellement fréquent des équipements ou encore à l’achat d’appareils plus puissants que les besoins réels.

 

Lucia Berdeil

M2 Cyberjustice – promotion 2022/2023

 

Sources : 

Flipo, F. L’enjeu de la sobriété numérique. Sens public, 12 mai  2022, http://sens-public.org/articles/1635/

Cimino, V. Plan de sobriété énergétique : le gouvernement français compte sur les entreprises de la tech. Siècle Digital, 10 octobre 2022, https://siecledigital.fr/2022/10/10/le-gouvernement-compte-sur-les-entreprises-de-la-tech-pour-contribuer-au-plan-de-sobriete-energetique/ 

 Lausson, J. Plan de sobriété énergétique : la liste des propositions pour le numérique. Numerama, 7 octobre 2022, https://www.numerama.com/sciences/1137316-plan-de-sobriete-energetique-la-liste-des-propositions-pour-le-numerique.html 

https://journals.openedition.org/revuehn/2858

https://www.numerama.com/sciences/1137316-plan-de-sobriete-energetique-la-liste-des-propositions-pour-le-numerique.html

https://siecledigital.fr/2022/10/10/le-gouvernement-compte-sur-les-entreprises-de-la-tech-pour-contribuer-au-plan-de-sobriete-energetique/

http://www.odoxa.fr/sondage/francais-sensibles-a-empreinte-numerique-prets-a-faire-efforts/

https://www.numerama.com/sciences/1137316-plan-de-sobriete-energetique-la-liste-des-propositions-pour-le-numerique.html

https://www.ofce.sciences-po.fr/pdf/revue/04-176OFCE.pdf)

http://sens-public.org/articles/1635/

https://www.cairn.info/revue-de-l-ofce-2022-1-page-5.htm

 


A propos de Lucia Berdeil