Pendant longtemps, les acteurs de la cryptomonnaie n’étaient confrontés qu’à des menaces virtuelles : piratages, usurpations d’identité, escroqueries en ligne. Mais depuis quelques mois, la France est le théâtre d’un basculement inquiétant. Les figures de la crypto sont devenues les cibles d’agressions physiques, d’enlèvements, voire de mutilations. Le fantasme de l’argent dématérialisé se transforme pour certains en cauchemar bien concret.
Agressions violentes et extorsions : une vague inquiétante
Plusieurs cas ont fait la une. À Paris, la fille enceinte d’un PDG d’une société de cryptomonnaie a été victime d’une tentative d’enlèvement en pleine rue. Le père, témoin de la scène, a été roué de coups. Quelques semaines plus tôt, une figure de la tech, était séquestré, battu, et contraint de révéler des informations sensibles sur ses avoirs en cryptomonnaie. Dans d’autres cas, c’est un parent ou un enfant qu’on prend pour cible, pour faire pression. Certains ont été menottés, bâillonnés, ou même mutilés, dans l’espoir de faire craquer la sécurité de leurs portefeuilles numériques.
Des assaillants jeunes, désorganisés, mais déterminés
Ce qui frappe les enquêteurs, c’est la jeunesse des agresseurs, mais aussi l’absence de réelle structure mafieuse. Il ne s’agit pas de réseaux criminels traditionnels, mais plutôt de petits groupes organisés de manière opportuniste.
Les récentes affaires d’agressions visant des entrepreneurs du secteur crypto ont permis de dresser un profil des auteurs présumés. Selon les informations, les forces de l’ordre ont mis en examen au moins 25 personnes dans ces dossiers depuis fin 2023. Un tiers d’entre elles sont mineures. Les autres ont, pour la plupart, moins de 25 ans. Ces jeunes sont issus de milieux modestes, parfois déscolarisés, et souvent sans antécédents judiciaires lourds.
Recrutés via des messageries chiffrées ou sur les réseaux sociaux, certains jeunes ont été « missionnés » pour surveiller les victimes, organiser des filatures, ou intervenir directement lors des agressions. La plupart d’entre eux affirment ne pas connaître l’origine de la cible ni le commanditaire de l’attaque.
Leur objectif est clair : obtenir, par la menace ou la torture, les identifiants d’accès aux portefeuilles de cryptomonnaies.
L’État tente de reprendre la main
Face à cette escalade, le gouvernement a réagi. Le ministre de l’Intérieur a reçu plusieurs représentants du secteur crypto au printemps 2025. À cette occasion, des mesures ont été annoncées : création d’un numéro de signalement prioritaire, interventions préventives du RAID et du GIGN auprès des personnes à risque, partenariats renforcés avec les plateformes pour détecter et signaler les mouvements suspects. L’État cherche aussi à sensibiliser les figures du secteur à la sécurité physique : anonymisation de leur présence numérique, discrétion sur les actifs détenus, renforcement des protections dans la vie quotidienne.
Une crise révélatrice de tensions plus profondes
Ces agressions mettent en lumière des tensions sociales autour du secteur de la cryptomonnaie. Les dirigeants et investisseurs, souvent jeunes et médiatisés, sont des cibles en raison de leur richesse numérique, mal comprise et parfois perçue comme inaccessible. Cette visibilité accrue les rend plus vulnérables.
Mais ces violences posent une question plus large : comment protéger les individus dans un monde où le capital n’a plus besoin de banque ni de coffre-fort ? Où des fortunes invisibles sont accessibles d’un simple clic ? En cherchant à libérer la finance des structures traditionnelles, les figures de la crypto doivent désormais réinventer leur propre sécurité.
La cryptomonnaie n’est plus un terrain de jeu expérimental. Elle est devenue un écosystème financier à part entière, avec ses vulnérabilités humaines. Pour continuer à se développer, ce monde devra intégrer une dimension nouvelle : la protection physique de ses acteurs.
Juliette Pons
M2 Cyberjustice
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