You are currently viewing Désinformation russe en France : l’opération Doppelgänger sous les projecteurs

Dans un paysage médiatique de plus en plus complexe et interconnecté, la diffusion de la désinformation représente un défi majeur pour les démocraties du monde.

La France a publiquement accusé la Russie, le 13 juin dernier, de mener une vaste opération d’ingérence numérique visant à influencer l’opinion publique française. Selon les autorités françaises, cette campagne de manipulation de l’information s’est manifestée par la publication de faux articles sur des sites miroirs de grands quotidiens français, présentant une position hostile envers l’Ukraine. Ces actes sont considérés par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères comme relevant de la « guerre hybride » menée par la Russie, une « conduite indigne » d’un membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies.

 

Guerre de l’information : les autorités françaises mettent en garde contre la Russie

Le choix du nom « Doppelgänger » pour cette opération est significatif et révélateur de sa nature insidieuse. En effet, le terme allemand « Doppelgänger » renvoie à la notion d’une double identité, d’une réplique trompeuse ou d’un sosie, ce qui reflète les tactiques utilisées par la Russie pour semer la confusion et tromper l’opinion publique.

La ministre française de l’Europe et des Affaires étrangères, Catherine Colonna, a souligné que cette campagne de désinformation impliquait des acteurs russes, y compris des entités étatiques ou affiliées à l’État russe, qui ont amplifié la diffusion de fausses informations. Cette dernière a également déclaré que la France travaillait en étroite collaboration avec ses alliés pour contrer cette guerre hybride menée par la Russie.

 

Manipulation de l’information : les tactiques sophistiquées de l’opération Doppelgänger

La campagne d’ingérence a ciblé plusieurs sites de médias, ainsi que des sites gouvernementaux dont celui du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Les auteurs ont ainsi créé des sites miroirs, reproduisant fidèlement l’apparence des sites officiels, mais avec des noms de domaine légèrement différents, utilisant notamment le « typosquattage »

Ces sites publiaient ainsi des faux articles, qui étaient ensuite diffusés sur les réseaux sociaux dans le but d’augmenter leur viralité, bien que leur impact reste relativement limité jusqu’à présent.

 

Il est important de noter que cette opération révélée par le gouvernement français représente la seconde phase d’une campagne déjà été documentée en 2022 par l’organisation européenne EU DisinfoLab et la société américaine Meta. 

Cette dernière utilisait cette fois ci, des méthodes plus sophistiquées visant à contourner les contre-mesures et à être moins détectables. 

 

Au moins quatre grands quotidiens français, à savoir Le Parisien, Le Figaro, Le Monde et 20 Minutes, ont été victimes de cette opération. D’autres médias importants, notamment allemands ont également été ciblés : FAZ, Der Spiegel, Bild, Die Welt, etc.

L’utilisation du typosquattage et la sophistication de cette campagne démontrent une industrialisation des pratiques employées par les auteurs russes. Les intentions finales de ces opérations restent inconnues, mais des questions se posent quant à savoir s’il s’agit d’un ciblage spécifique de certaines populations, d’une campagne permanente de basse intensité ou bien d’une action massive planifiée à un moment précis. L’ensemble de cette opération se révèle être très bien coordonné et structuré.

 

La nécessité de protéger les médias français contre l’influence étrangère et la désinformation

Cette opération de désinformation soulève d’importantes préoccupations, tant sur le plan de la sécurité que sur celui de l’éthique et du juridique.

En ciblant délibérément les médias français et en diffusant de fausses informations, la Russie cherche à influencer l’opinion publique, à semer la confusion et à porter atteinte à l’intégrité des processus démocratiques. Cette manipulation de l’information constitue une violation des principes fondamentaux du droit international et des normes éthiques en matière de communication.

 

Il convient de souligner que cette opération s’inscrit dans un contexte plus large de pratiques documentées d’influence menées par la Russie. Dans le cas de l’invasion de l’Ukraine, la Russie diffuse de fausses informations pour affaiblir le soutien des opinions publiques occidentales. Moscou espère probablement que la lassitude s’installe au sein des sociétés occidentales.

La dénonciation de l’opération met en évidence l’importance de renforcer les cadres juridiques et les mécanismes de réponse internationale pour faire face à de telles violations. 

 

La préservation de l’indépendance et de l’intégrité des médias face aux tentatives d’influence étrangère et aux campagnes de désinformation pose un défi majeur pour la société contemporaine. Comment garantir que les médias demeurent des gardiens fiables de l’information dans un contexte en perpétuelle évolution ?

 

Hanan KAICHOUH

M2 Cyberjustice – Promotion 2022/2023

 

 

 

 

 

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