You are currently viewing L’implantation cerveau-machine : entre avancée médicale et risques sociétaux

Neuralink est une société cofondée en juillet 2016 par Elon Musk. Elle a développé un dispositif d’interface cerveau machine invasif, appelé Telepathy. Il s’agit d’un dispositif permettant aux patients souffrant de maladies réduisant fortement leur mobilité de communiquer par la pensée grâce à un système de liaison directe entre le cerveau et un ordinateur qui transmet les signaux via Bluetooth vers un smartphone ou une tablette. Cette innovation permet aux utilisateurs d’envoyer des messages électroniques, de passer des commandes en ligne et même de poster des contenus sur des plateformes en ligne. 

Quel est le fonctionnement?

Ce procédé se fait grâce à une puce implantée dans le cerveau contenant 96 fils polymères flexibles, plus fins qu’un cheveu, qui enregistrent l’activité cérébrale par l’intermédiaire de 3072 électrodes.

La finesse des fils dotés d’électrodes empêche un chirurgien humain de les implanter, c’est pour cette raison que la société a été contrainte de créer un robot chirurgical. Cette machine est capable d’insérer les fils à la surface de la zone grise du cerveau, à la manière d’une machine à coudre, avec une précision au-delà des capacités humaines. 

L’implantation de la puce électronique se fait dans le cortex moteur à l’aide d’une chirurgie qui consiste à percer un trou dans le crâne, juste sous la peau. Le cortex moteur est la partie du cerveau responsable de la transformation des pensées en action. 

Les fils de la puce implantée captent les signaux neuronaux et les transforment en signaux digitaux capables d’être interprétés par la machine grâce à l’IA .

Le premier essai sur l’humain a été autorisé par la FDA américaine (Food and Drug Administration, l’administration américaine chargée de la surveillance des produits denrées alimentaires et des médicaments) en mai 2023. En janvier 2024, Neuralink a procédé à sa première implantation sur un être humain.

 

Les préoccupations 

Les préoccupations qui ont pu être observées sont de l’ordre de la transparence et du traitement animalier. 

Bien qu’Elon Musk souhaite, dans un avenir proche, parvenir à la commercialisation à grande échelle de son dispositif, la société reste discrète dans la divulgation des études menées et des éventuels effets secondaires observés chez les patients. En raison de cette opacité, il est difficile d’évaluer l’impact de ces essais sur l’Homme et de mettre en place une prévention adéquate pour les futurs patients. 

De plus, la société a fait l’objet de nombreuses critiques ainsi que d’une enquête fédérale pour maltraitance animale, suite aux nombreux essais effectués sur des porcs et des singes. Afin de parvenir à des résultats plus rapidement, les scientifiques ont été poussés à accélérer leurs expérimentations, ce qui a causé la mort de nombreux animaux.

 

Une différente méthode d’implantation 

La société Neuralink ne possède cependant pas le monopole de ce procédé sur le marché médical. En effet, la société Synchron, développée la même année que Neuralink, est parvenue à créer une méthode d’implantation beaucoup moins intrusive et moins risquée. L’implantation se fait par les vaisseaux sanguins vers le cerveau, donc sans avoir recours à une chirurgie cérébrale. Par cette méthode, les risques liés habituellement à la chirurgie et à la cicatrisation ne sont plus un souci.

La société a eu le feu vert de la FDA (Food and Drug Administration) américaine en juillet 2021, mais son premier patient a été un australien en 2019. Elle a ainsi été la première entreprise à pouvoir implanter des ICM de manière permanente sur des humains.

 

Conclusion 

L’implantation de ces ICM étant encore limitée aux patients souffrant de maladies nécessitant ce dispositif, l’on peut tout de même déjà se poser la question des possibles dérives sociétales pouvant se créer.  

L’implantation des ICM à des fins d’amélioration de l’homme, et non de guérison, n’est plus de l’ordre de l’imaginaire ou du fantastique. C’est pour cette raison que la nécessité d’un encadrement juridique et éthique de ce dispositif ne peut être remise à demain. Il faut dès à présent se protéger contre la création de « transhumains ».

 

Liza Samaha
M2 Cyberjustice

 

Sources 

[1]Marie-Claude Benoit, ActuIA, Elon Musk annonce la pose d’une interface cerveau-machine sur un humain, une première pour Neuralink, publié le 31 janvier 2024, consulté en janvier 2025

[2] Youtube, Brain Chip « Telepathy »-Musk’s breakthrough, publié le 4/02/2024, consulté en janvier 2025

[3]Morgane Joulin, National Geographic, Ce qu’il faut savoir sur Telepathy, la puce cérébrale de Neuralink qui inquiète les spécialistes, publié le 26/02/2024, consulté en janvier 2025

[4] Un représentant individuel d’un groupe distinct d’homo sapiens ; il aurait été augmenté ou modifié au moyen d’intervention pharmaceutique,chirurgicale ou biologique de manière définitive. 
Catherine Le Bris dans son rapport « Transhumanisme et droits de l’homme : l’identité humaine et la protection de l’humanité »

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