You are currently viewing Le système d’identité blockchain adopté par la Corée du Sud

Si la Corée du Sud détient la réputation d’être l’un des pays les plus avancés en matière d’innovation, et qu’elle est premier du classement établi par le Portulans Institut, un institut de recherche et d’enseignement basé à Washington, le pays ne compte pas se reposer sur ses acquis.
En effet, le gouvernement entreprend, d’ici 2024, de pourvoir ses citoyens d’une identité numérique basée sur la blockchain.
C’est ainsi que près de 45 millions de sud-coréens vont, prochainement, remplacer leurs cartes d’identité physique par des versions numériques basées sur la blockchain et consultables via leurs smartphones.

 

Mais quels sont les enjeux concrets de cette initiative ?

Constituant une base de données décentralisée et dépourvue d’intermédiaire, la blockchain a l’avantage d’assurer la confidentialité des données grâce à son système de chiffrement.
Témoin du mouvement de technologisation des sociétés, la blockchain présente un intérêt croissant pour nombres d’acteurs et, plus récemment, les instances étatiques. En effet, ces « chaînes de blocs » pourraient permettre de se prémunir contre divers risques, notamment de fraude ou de falsification en assurant la traçabilité des transactions. 

Néanmoins, la principale motivation s’avère, en réalité, économique.

En effet, selon le rapport McKinsey Global Institute, un cabinet international de conseil en stratégie, cette innovation contribuerait à une augmentation de trois pour cent du produit intérieur brut (PIB) sud-coréen, soit une économie de 42 milliards de dollars sur une durée de dix ans. La raison n’est autre qu’un gain de temps considérable qu’engendre la dématérialisation pour l’administration.

En outre, de nouveaux marchés pourront émerger et les échanges seront considérablement facilités. Pour illustration, les démarches relatives à la souscription de crédits à la consommation seront simplifiées dans la mesure où le risque de fraude aux paiements sera limité.
De plus, la grande capacité de stockage de la blockchain permet de réduire les coûts de stockage tout en maintenant un certain niveau de sécurité. 

Au-delà des avantages économiques, cette technologie décentralisée présente divers atouts non négligeables.
En effet, l’immuabilité et la traçabilité de la blockchain garantissent l’intégrité et l’efficacité des données stockées. Le procédé devrait donc prévenir les infractions liées à la perte et le vol de cartes d’identité.

Toutefois, bien que les autorités garantissent que les données personnelles de la population ne seront ni stockées ni accessibles par la force publique, les contours d’une telle ambition paraissent quelque peu incertains au regard du caractère illimité de ses utilisations. En ce sens, si l’économiste à l’Institut coréen de la politique scientifique et technologique, Hwang Seogwon, estime que les avantages de la blockchains semblent prédominants, il met cependant en garde quant aux risques d’une adoption prématurée. 

Néanmoins, il convient de préciser que la Corée du Sud n’est pas le premier pays à avoir recours à une telle innovation.
Aux États-Unis, les pouvoirs publics utilisent, déjà, les blockchains pour lutter contre la corruption et la fraude fiscale. Le Royaume-Uni y a également recours afin d’organiser le versement de prestations sociales.
Également, l’Estonie, qui permet à ses citoyens de payer leurs factures, signer ou même voter, enregistre désormais les mariages au sein de la blockchain.
De même, en Grèce, en Georgie, ou au Honduras, les cadastres sont “blockchainisés” afin de lutter contre la corruption.
Plus encore, la Chine a fait du recours aux blockchains une priorité, le pays l’utilise, en outre, pour la collecte des impôts ou encore l’émission de factures. 

Lucia BERDEIL

M2 Cyberjustice – Promotion 2022/2023

 

Sources : 

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