Rencontre avec la Présidente de l’association Elle Caetera (½) – Quand les nouvelles technologies deviennent un outil de lutte contre les violences faites aux femmes

Elle Caetera est une association ayant pour but de lutter contre les violences faites aux femmes grâce aux nouvelles technologies. Pour cela, Elle Caetera propose un chatbot qui tend à améliorer la prise en charge ainsi que l’accompagnement des jeunes femmes. L’objectif : qualifier la situation de l’utilisatrice et l’orienter vers la structure la plus adaptée afin de recevoir un accompagnement juridique, psychologique ou social. Un outil plus qu’essentiel pour toutes, 121 féminicides ayant été recensés en 2018, et le nombre de ces meurtres étant en augmentation en 2019 (déjà 100 féminicides recensés fin août). Rencontre avec Alexia Lerond, Présidente d’Elle Caetera.

En tant que juriste, comment t’es venue l’idée de développer un chatbot pour lutter contre les violences faites aux femmes ?

Mon expérience professionnelle et associative passée – au sein d’une association de lutte contre le proxénétisme et la traite des êtres humains – m’a permis de faire un constat, malheureux mais factuel : les jeunes femmes ne connaissent pas les noms des principales associations d’aide aux victimes.

Les femmes que nous accompagnions avaient pour habitude de se confier sur les agressions physiques, sexuelles et/ou psychologiques qu’elles avaient pu subir. Chacune avouait ne pas avoir su à qui s’adresser lorsqu’elles avaient besoin d’aide, et ne pas connaitre les accompagnements proposés par certaines structures, ni de leur gratuité.  La majorité de ces jeunes femmes vivait ainsi dans le silence, par peur d’être jugée ou culpabilité. Nous avons donc choisi un nouveau mode de communication, plus adapté aux usages de cette génération, en créant le premier chatbot Messenger à destination des jeunes femmes victimes de violences : Lilabot.

Disponible 24h/24h et 7j/7j, Lilabot va être capable, à la suite d’une courte conversation :

  • d’identifier l’infraction dont semble être victime la jeune femme ;
  • de lui expliquer cette infraction en des termes compréhensibles (non juridiques) ;
  • de l’orienter vers les structures, les plus proches de chez elles, adaptées à leur situation.

Ce chatbot permet ainsi aux jeunes femmes, qui ne savent pas à qui s’adresser, d’être informées grâce à un outil qu’elles utilisent quotidiennement et ce, sans contraintes budgétaires ou de déplacement. Par cette initiative, nous souhaitons inciter les jeunes femmes à se rendre au sein des associations afin qu’elles puissent y recevoir un accompagnement juridique, psychologique et/ou social. A ce jour, plus de 220 femmes ont pu bénéficier d’un accompagnement spécifique par l’intermédiaire de Lilabot. Internet, et plus particulièrement les réseaux sociaux, sont et seront toujours utilisés. Elle Cætera souhaite donc utiliser les possibilités offertes par le numérique et les nouvelles technologies afin d’améliorer la prise en charge et l’accompagnement des jeunes femmes victimes de violences.

Le mouvement #metoo en a été la démonstration : la libération de la parole de la femme s’est faite sur les réseaux sociaux et notamment sur Facebook. Les mentalités évoluent. Il nous incombe de faire en sorte que les nouvelles technologies, en général, et les réseaux sociaux en particulier, soient à présent au service des victimes et non des harceleurs.

Pourquoi un chatbot et pas un autre outil issu du numérique (application qui permettrait de localiser les centres d’aide aux victimes, plateformes web etc) ?Quels sont ses avantages / inconvénients ?

L’analyse du questionnaire que nous avons publié sur les réseaux sociaux nous a permis de faire un autre constat : les jeunes femmes préfèrent s’adresser à un robot, via un chat, plutôt qu’être directement confronté à une personne physique. Elles acceptent ainsi de se livrer plus facilement et plus rapidement avec un chatbot. ; le côté « anonyme » du robot les met en confiance. Elles ne se sentent jamais jugées et peuvent obtenir des informations en toute discrétion, 24h/24 et 7j/7.

Nous avons choisi de le développer sur Facebook Messenger pour trois raisons :

  • Il ne s’agit pas d’une énième application à télécharger ;
  • Notre projet inclus un canal qui n’a encore jamais été utilisé par une association : Facebook Messenger ;
  • Facebook Messenger reste la messagerie instantanée la plus utilisée par les jeunes françaises (étude Crédoc, 2017).

Lilabot est accessible :

– Via la page Facebook de l’association : https://www.facebook.com/ElleCaetera/

– Via l’application Messenger en tapant « Elle Caetera » dans la barre de recherche

– Sur le site internet de l’association : https://www.ellecaetera.fr/

Jehanne DUSSERT
Master 2 Cyberjustice – promotion 2018-2019

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