You are currently viewing L’argent liquide est-il vraiment en voie de disparition : le cas de la Suède

Le numérique est partout. Il s’est imposé dans nos cours, dans notre santé mais également dans nos moyens de paiement. Dans cette course à la dématérialisation, la Suède est souvent citée en exemple. Pionnière en matière de société sans cash, elle a pratiquement supprimé l’argent liquide de ses usages quotidiens.

Mais cette avancée soulève une question fondamentale : jusqu’où peut-on numériser sans mettre en péril des droits ou des besoins essentiels ?

 

Une société presque sans espèces : le modèle suédois

En Suède, plus de 95 % des transactions se font par carte ou via une application mobile comme Swish. Même les petits commerces ou les églises utilisent ce type de solution. À Stockholm, il devient presque impossible de régler en liquide dans un café. Cette transition a été rapide, fluide… mais aussi incomplète.

En effet, cette société ultra-connectée repose sur des infrastructures vulnérables.

 

Une cyberattaque remettant (presque) tout en question

En mars 2024, une cyberattaque d’envergure, attribuée à un groupe de hackers russes, a frappé un data center en Suède, confirmant ainsi les craintes. Cette attaque a provoqué une paralysie massive des systèmes de paiement en ligne. Cinémas, grandes enseignes, petits commerces : tous ont été touchés.

Faute d’alternative, des milliers de personnes se sont retrouvées dans l’impossibilité de régler leurs achats du quotidien. Privés d’électricité ou de connexion, ni applications ni terminaux de paiement ne fonctionnaient. Étant incapables de traiter les paiements électroniques, certains établissements ont dû fermer temporairement — d’autres, de façon définitive.

 

Le droit face au tout-numérique : préserver l’accès aux biens essentiels

Cette crise a relancé le débat. Faut-il rendre obligatoire l’acceptation des espèces dans certains secteurs ? C’est en tout cas ce que propose la Riksbank, la banque centrale suédoise. L’idée est d’imposer aux commerces qui vendent des biens essentiels (alimentation, médicaments, carburant) d’accepter les paiements en liquide.

Le modèle existe déjà puisque la France a prévu à l’article R. 642-3 du Code pénal de sanctionner d’une amende le fait pour le professionnel de refuser un paiement en espèce sans justification. 

La Norvège a elle-aussi récemment introduit de telles dispositions par une nouvelle loi entrée en vigueur en octobre 2024. Celle-ci sanctionne désormais les magasins physiques qui refusent les espèces, avec des amendes à la clé.

 

Dématérialisation et vulnérabilité juridique

Le cas suédois met en lumière un paradoxe bien réel : plus un service est numérisé, plus il dépend d’une chaîne technique fragile — électricité, réseau, serveurs, terminaux de paiement. Cela soulève une question essentielle pour le droit : jusqu’où peut-on numériser un service sans avoir le risque de perdre en continuité d’accès ?

Pour les paiements, l’absence de solution de secours en cas de défaillance technique expose les professionnels à des interruptions d’activité, voire à des litiges avec leurs clients. D’où la nécessité, pour certains législateurs, de poser des obligations claires : acceptation des espèces dans les commerces dits « essentiels », maintien de moyens de paiement alternatifs, etc.

Autrement dit, la numérisation ne dispense pas d’un encadrement juridique précis. Elle exige au contraire une vigilance accrue pour garantir que les services restent accessibles et fonctionnels, même en situation de crise.

 

Ainsi, la disparition des espèces dans le monde est certes progressive, mais elle ne pourra jamais être totale.

 

PERRIN-CONRARD Louis – COMED

M2 Cyberjustice

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