You are currently viewing Quand l’intelligence artificielle s’invite dans la campagne des élections présidentielles américaines

244 millions, c’est le nombre d’Américains qui ont été appelés le 5 novembre 2024 afin d’élire le ou la prochain(e) président(e) des Etats-Unis pour les quatre prochaines années. C’est finalement le candidat républicain Donald Trump qui en ressort gagnant. Ces élections étaient surveillées de près. En effet, la candidature de Donald Trump signait son grand retour dans la politique. Il faisait face à l’actuelle Vice-présidente : Kamala Harris. Cette nouvelle campagne présidentielle était marquée par un peuple américain divisé en deux. D’un côté, ceux aspirant à rétablir le parti républicain au pouvoir et de l’autre ceux qui souhaitent maintenir le parti démocrate. Un moyen étonnant a été utilisé pour réussir à faire gagner l’un ou l’autre parti: l’intelligence artificielle (IA).

 

Le recours à l’IA générative pour dresser des mises en scène

Depuis le coup d’envoi de la campagne des élections présidentielles américaines, Internet a été submergé par des images en tout genre ayant été générées par une IA. De façon générale, il y existe deux sortes d’images. La première servant à diaboliser, dénigrer ou calomnier son adversaire. L’autre à se mettre en scène favorablement pour avantager sa propre candidature.

Ainsi, il a été possible de voir circuler sur les réseaux sociaux, notamment sur X (anciennement Twitter) des images mettant en scène les deux candidats. Pour ce qui est de la candidate démocrate K. Harris, c’est dans un décor communiste. Tantôt lui faisant porter fièrement l’habit communiste et tantôt lui faisant serrer la main à Staline. Cette attaque contre K. Harris s’inscrivait dans la volonté du parti adversaire de la décrédibiliser auprès des électeurs.  L’objectif visé était d’influencer le vote de ces derniers en la représentant favorable à la théorie du communisme. Théorie à laquelle les Etats-Unis sont des fervents opposants, comme peut le témoigner la période maccarthysme.

Puis s’agissant de D. Trump, il a été possible de le voir entouré d’électeurs noirs convaincus, de personnes noires ou issues de la communauté noire d’Amérique. Cette mise en scène par le recours à l’IA générative permettait aux partisans de D. Trump de contrer les accusations de racisme à son égard. Permettant ainsi de favoriser son image publique afin de gagner les votes des électorats afro-américains qui portent en grande majorité leur intention de vote pour le parti de K. Harris.

 

L’utilisation de l’image des stars par l’IA dans la période de campagne électorale

Dans cette course à la Maison Blanche, il y a eu également la pratique d’utiliser l’image d’une star notoirement connue. C’est la popularité et l’influence de ce genre de personnes qui permettront de toucher son public. Un public souvent guidé par l’avis de cette star ou personnalité publique, dont le mécanisme psychologique du processus d’influence et d’interactions sociales est expliqué par Herbert Kelman. Ainsi, cela peut amener certains électeurs à se ranger du même côté ou avis politique de cette personnalité qu’ils apprécient. A titre d’illustration, la chanteuse Taylor Swift avait apporté son soutien à la vice-présidente K. Harris, conduisant des centaines de milliers de personnes à s’inscrire sur la liste des électeurs. 

Pour l’usage de l’IA générative d’image de cette star, c’est le 18 août 2024 où D. Trump avait partagé sur le réseau social « Truth Social » diverses photos où l’IA intervenait. Elles montraient Taylor Swift dans un habit de l’oncle Sam au slogan incitant à voter pour lui (« Taylor wants you to vote for Donald Trump ») et des femmes appelées Swifties, faisant partie de la communauté de Taylor Swift, portant des t-shirts énonçant « Swifties for Trump » (Les Swifties avec Trump).

 

Les conséquences du recours de l’IA générative d’image

En partageant des photos où l’IA intervient, les personnes contribuent à diffuser des fausses informations sur les candidats. Cela a eu peut-être pour effet de fausser d’une part les idées et positions réelles politiques d’un candidat dans l’esprit de l’électeur. Puis d’une autre, cela fausse le jeu naturel de la campagne électorale.

En effet, ce genre d’images peut avoir un réel impact dans l’élection présidentielle du futur dirigeant des Etats-Unis. Il existe des images créées par l’IA comportant des défauts ou dont la mise en scène est grossière, permettant de s’apercevoir qu’elle n’est pas réelle (vidéo postée sur X mettant en scène K. Harris et Donald ; voir sources). Malgré tout, l’électeur, peu averti de la capacité de l’IA générative à émettre de telles images, très qualitatives et réalistes, peut venir troubler les réelles intentions de vote des électeurs pour un candidat.

Autre conséquence du recours de l’IA générative d’image dans le domaine politique, c’est la perte de confiance dans les médias et les informations véhiculées sur l’Internet. Il est donc question d’une nouvelle forme de lutte contre la désinformation et contre les infox.

A l’heure où l’information passe essentiellement par les réseaux sociaux, les médias électroniques et où les plus jeunes s’informent ainsi, il est nécessaire de sensibiliser au mieux pour prévenir d’un usage éthique et moral de l’IA générative.

 

 

Clara Bonnard

M2 Cyberjustice – Promotion 2024-2025

 

Sources :

Statista, Le poids des plus grandes économies mondiales, Tristan Gaudiaut, 9 février 2024

The New York Times, Taylor Swift’s Call to Vote Sent Hundreds of Thousands to Registration Tools, Maggie Astor, 12 septembre 2024

Le Monde, Donald Trump partage des images retouchées suggérant que Taylor Swift et ses fans le soutiennent, 19 août 2024

Vidéo postée sur le réseau social X :Donald J. Trump – Parody sur X : « @DouglasEmhoff @KamalaHarris She’s mine https://t.co/onKPIG5kk7 » / X

 

 

 

 

 

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