You are currently viewing L’impact des réseaux sociaux sur la hausse des actes antisémites en France

Le Premier ministre Gérald Darmanin a récemment déclaré lors des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, qu’un mois après l’attaque du Hamas du 7 octobre, 1 159 actes antisémites avaient été enregistrés, soit trois fois le nombre des actes recensés en 2022. Il est pertinent de faire le parallèle avec le rôle que jouent les réseaux sociaux dans cette flambée de l’antisémitisme en France. Ces derniers peinent à contrôler efficacement les contenus violents, haineux et antisémites malgré les politiques de modération en place. Par ailleurs, l’ONG Anti-Defamation League, qui défend la communauté juive, a constaté que depuis le 7 octobre, les contenus antisémites sur les réseaux sociaux auraient augmenté de 919%.

Constat

Les grandes plateformes jouent un rôle dans la montée en puissance de l’apologie du terrorisme et des actes antisémites sur le territoire français. Sous forme de vidéos, d’images, ou de messages, ce phénomène suscite une montée de la violence sur le territoire au sujet du conflit israélo-palestinien dont la France, République laïque, n’est pourtant pas directement partie. 

Les réseaux sociaux facilitent ainsi la diffusion de contenus antisémites. Ces contenus se propagent rapidement et ciblent un large public, amplifiant ainsi la propagation de l’antisémitisme. Ce qui, de surcroît, suscite une incitation à la violence. Des individus ou des groupes extrémistes ont collectivement appelé à la haine, menacé et encouragé des actes antisémites. Par ailleurs, cette diffusion massive de contenus antisémites entraine la normalisation de l’antisémitisme. Ce phénomène a des répercussions sur les personnes de confession juive. Il y a un impact psychologique important sur la victime qui conduit à la propagation de la peur et de l’insécurité. Ce climat de peur et de tension alimenté constamment par les réseaux sociaux crée des clivages politiques et sociaux dangereux.

Il est donc essentiel de modérer avec davantage d’efficacité les contenus haineux sur les réseaux sociaux. Mais les vecteurs de diffusion à grande échelle des contenus antisémites que sont les réseaux sociaux ont-ils les moyens et la volonté d’agir et de modérer ces derniers ?

L’impuissance des réseaux sociaux face aux dérives des utilisateurs

Les grandes plateformes semblent être dépassées par ce phénomène. Cela se manifeste surtout avec les algorithmes de recommandations. Initialement conçus dans une logique de profit, ils contribuent à la propagation de discours antisémites en dirigeant les utilisateurs vers des contenus similaires à ce qu’ils visionnent au quotidien. La France a déjà été victime de ce phénomène lors des émeutes de l’été 2023 à la suite de la mort d’une personne, causée par un tir policier. La vidéo du policier tuant Nahel a été diffusée en masse sur les réseaux, entraînant ainsi des émeutes incontrôlables. Un autre exemple est celui des contenus violents en ligne sur YouTube qui ne semblent inquiéter ni la plateforme ni les autorités. La chaîne King Of The Streets qui a plus d’un million d’abonnés illustre bien ce propos. Il s’agit d’une chaîne diffusant des combats illégaux, à mains nues et parfois entre des combattants antisémites et antifascistes, propageant ainsi la haine raciale. Plus récemment, la vidéo d’une influenceuse ironisait sur « l’assaisonnement » d’un bébé israélien mort dans un four par le fait des terroristes du Hamas. Il faut d’urgence initier une campagne de sensibilisation des utilisateurs de plateformes qui diffusent ces contenus et accroître le contrôle des contenus en ligne.

Cependant, il convient de trouver un juste équilibre entre la liberté d’expression et la modération des contenus. 

Le cadre juridique

En France, la liberté d’expression est protégée par un certain nombre de textes comme  l’article 10 de la CEDH, ou encore par l’article 11 de la DDHC. Il s’agit d’un principe cardinal, socle de l’État de droit dans une société démocratique. 

La nécessité de modérer les contenus en ligne rentre fatalement en contradiction avec le principe de liberté d’expression, d’information et d’opinion. Force est de constater que l’information en ligne provoque des dérives telles qu’il devient à priori indispensable de la contrôler. Ainsi, le 5 juillet 2022, le Parlement européen a adopté le DSA. Ce règlement s’applique aux plateformes en ligne et aux moteurs de recherche comptant plus de 45 millions d’utilisateurs dans l’Union européenne depuis le 25 août 2023. Il s’appliquera pour les autres plateformes à compter du 17 février 2024. Les grandes plateformes sont donc soumises dès à présent à des obligations de contrôle plus amplifiées de leurs réseaux. 

La réponse de l’Union européenne 

Le Commissaire européen au marché intérieur Thierry Breton a contacté directement les dirigeants des plateformes pour les préparer à ce phénomène. Il assure que l’article 52 du DSA relatif aux sanctions en cas de violation de ce dernier sera appliqué avec rigueur : soit une sanction financière s’élevant à 6 % du chiffre d’affaires. D’après les informations rapportées par les grandes plateformes, Meta supprime 800 000 vidéos tous les jours. Tiktok aurait supprimé 500 000 comptes.

Antoine Candau  

M2 Cyberjustice – Promotion 2023-2024

https://www.publicsenat.fr/actualites/societe/

https://www.lemonde.fr/pixels/article/2021/08/03/

https://www.bfmtv.com/tech/thierry-breton

https://korii.slate.fr

https://www.courrierinternational.com

#réseaux sociaux # guerre # liberté d’expression

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