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Statistica chiffre à hauteur de 40% les salariés français craignant que leur métier disparaisse avec l’automatisation. Selon les chiffres de 2019 de Capital, l’intelligence artificielle a vocation à changer radicalement notre écosystème professionnel, dans la mesure où 50% des métiers seront impactés de près ou de loin par l’accroissement de l’utilisation d’outil monnayant l’intelligence artificielle sous toutes ses formes (chatbot conversationnel, processus de recrutement, utilisation de la prédiction grâce aux données d’entreprises etc). Il convient de s’interroger quant à la réaction nationale. Les individus ont-ils conscience des enjeux ? Les autorités publiques prennent-elles les mesures adéquates pour accompagner la transition numérique des professionnels ? Quid des métiers humains ? L’humain est-il voué à être accompagné d’un Jarvis ? 

Les récentes propositions technologiques actualisent la conscience collective

Dans un article publié le 21 mars 2023, le fondateur de Microsoft expose sa vision des choses sur le sujet. Notamment en réaction aux récentes innovations comme l’IA générative ChatGPT4 en mars 2023 dont les performances sont plus élevées que la version précédente. Bill Gates confie ainsi, qu’à son échelle, il a vécu l’apparition de deux technologies pouvant être qualifiées de révolutionnaires. Après l’interface graphique destinée aux utilisateurs, ce sont les avancées d’OpenAI qui génèrent de sa part, comme pour celle du reste du monde, un fort intérêt. Ainsi, il ne s’attarde pas à recenser les éventuels risques ou répercussions engendrées par la démocratisation de tels outils, mais s’attache plutôt à en décrire les bénéfices. En ce sens, il évoque la possibilité pour ChatGPT de réduire considérablement les inégalités sociales, et ce en matière d’éducation par exemple, avec une IA capable de s’adapter aux objectifs et à la méthode d’apprentissage de l’élève. On peut aussi citer l’accessibilité des outils comme trampoline à l’innovation. Un argument qui s’illustre avec Priyanjali Gupta, par exemple, une étudiante de 20 ans au Vellore Institute of Technology. Elle a développé une intelligence artificielle capable de traduire la langue des signes, grâce à des interfaces de programmation open source. Cet aspect de personnalisation est récurrent dans l’article du milliardaire, puisqu’il y fait référence au niveau de la santé et de la productivité. Selon lui, la manière d’utiliser un ordinateur est vouée à changer, et l’adaptation risque d’être rapide. L’IA resterait un outil permettant d’économiser du temps et d’affiner les résultats en fonction de la personne, de l’entreprise, au point de devenir l’équivalent d’un employé, ingérant toutes les informations à connaître à propos de l’entreprise.

L’intelligence artificielle n’est rien sans l’intervention humaine

Mais qu’en est-il réellement de la place de l’humain en matière d’intelligence artificielle ? Les européens s’inquiètent de ne plus être assez compétitifs avec la montée en puissance de l’intelligence artificielle dans les processus professionnels, mais celle-ci créer de l’emploi pour les étrangers chargés de services du traitement des données. En effet, la dématérialisation des services et la mise à disposition d’outils d’automatisation efface la partie humaine pourtant essentielle à l’élaboration de tels outils. La réalité étant que de nombreux humains précaires se cachent derrière la conception de modèles efficaces. En effet, le média The Conversation, révèle dans une enquête, une décentralisation dans les pays du Sud des travaux d’annotations de données primordiales au bon fonctionnement du traitement de celles-ci. Ces jeunes travailleurs éduqués venant en grande partie de pays en développement, sont sous-payés et pourtant dotés d’une tâche d’envergure puisqu’ils sont à l’origine de la modération des biais, ou de tri destiné à rendre les modèles plus performants (reconnaissance d’objets ou d’humain).  

La protection des travailleurs et l’intelligence artificielle

Seuls 5 % des postes de professionnels du droit et des travailleurs sociaux étaient menacés par l’automatisation en 2020. Or de nombreux autres postes seront touchés d’ici 2030, car une croissance de 32 % est prévue dans le secteur. Alors que l’intelligence artificielle inquiète quant à sa probable substitution vis-à-vis des employés humains, moins résilients et moins rapides, les revendications syndicales semblent effacées du débat public. En revanche, c’est un sujet traité par les organismes protecteurs des travailleurs, soucieux de réponses et de garanties. La Confédération générale du travail (CGT) met à disposition un guide sur l’intelligence artificielle contenant des propositions d’encadrement et de réglementation de l’IA et de l’usage des nouvelles technologies. A titre d’exemple, la CGT, consciente de l’importance politique en matière d’orientation technologique, propose entre autre « d’encourager des usages technologiques désintermédiés, distribués et participatifs ; c’est-à-dire des structures développées en commun ». L’organisme insiste également sur la nécessité de formation des travailleurs et d’anticiper les évolutions métiers liées. Pour la CGT, l’IA ne doit pas piloter l’activité, et le contrôle du travail doit être transparent avec des critères clairs. La vision d’ensemble pourrait être synthétisée avec la conscience que le numérique transforme la façon de travailler, et que des précautions sont à envisager en amont pour assurer une transition aussi fluide que possible pour les différents métiers. Il s’agit donc de mesurer l’impact des nouvelles technologies au sein des différents corps de métiers, notamment en rendant compte de l’impossibilité pour une machine de fonctionner sans une intervention humaine. Le risque étant que pour plusieurs tâches normalement assignées à plusieurs personnes, une seule maîtrisant les bons outils serait suffisante à l’avenir. 

 

Jeanne Gauthier

M2 Cyberjustice – Promotion 2022-2023

 

Sources

https://images.pexels.com/photos/2599244/pexels-photo-2599244.jpeg?auto=compress&cs=tinysrgb&w=1260&h=750&dpr=1 

https://knowhow.distrelec.com/fr/automatisation/automatisation-lavenir-du-monde-du-travail-en-europe/ 

https://www.gatesnotes.com/The-Age-of-AI-Has-Begun 

https://syndicoop.fr/ia/guide/propositions-ugict-cgt/ 

https://in.linkedin.com/in/fruitykernel 

https://theconversation.com/enquete-derriere-lia-les-travailleurs-precaires-des-pays-du-sud-201503 

https://www.capital.fr/entreprises-marches/intelligence-artificielle-50-des-metiers-seront-touches-1344142 



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