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Tout juste défini par la loi du 09 juin 2023, ce nouveau métier d’influenceur connaît une évolution. En effet, depuis quelques mois, il est possible de voir sur les réseaux sociaux des Intelligences Artificielles (IA) influenceurs. C’est un véritable bouleversement, ce métier qu’on pensait réservé aux humains, s’est étendu aux robots. Deux enjeux résultent de ce changement : un enjeu éthique et un enjeu juridique. 

  • Qu’est-ce que l’IA influenceur ?   

Ce sont principalement des femmes créées avec l’imagerie générée par ordinateur et qui prennent vie grâce à l’IA. Chacune des influenceuses a une personnalité à part entière, c’est-à-dire des goûts, des styles et des envies propres à elle. Certains concepteurs ont même imaginé une date et un lieu de naissance. 

Comme une personne créant du contenu sur les réseaux sociaux, l’IA publie des stories de ses activités quotidiennes. Elle dévoile une vie classique, par exemple quand elle va au restaurant, chez le coiffeur, à la salle de sport… Il est également possible d’interagir, via les messages privés, avec ces IA.  Or, une IA est un robot qui n’a pas la possibilité de réaliser ces tâches. En effet, elles n’ont pas encore la capacité de s’occuper de leur page, des agences ont à charge la gestion du compte. 

Actuellement, il y aurait environ une quinzaine d’influenceurs de ce genre dans le monde. Il ne faut pas les confondre avec les avatars des stars qui commencent à circuler. Les influenceurs IA sont rémunérés par leur collaboration et leur partenariat avec des marques. Leurs tarifs varient en fonction, entre autres, de leur nombre d’abonnés. Les influenceurs IA ont l’avantage d’être rétribués à moindre coût, les marques se les arrachent comme Dior, Valentino, BMW, H&M, Victoria’s Secret ou encore Nike. 

Elles présentent aussi comme avantages d’être plus disponibles, plus fiables et de laisser à l’enseigne la possibilité de décider de l’entièreté des posts réalisés. Elles ont un contrôle absolu sur les informations partagées aux internautes. D’autant plus que les IA sont des créations artistiques qui ne vieillissent pas, par conséquent, les agences peuvent pérenniser leur partenariat. Les marques pourraient même forger à leur image les IA influenceurs. 

L’influenceuse IA connue sous le pseudonyme fit_aitana, de son nom Aitana Lopez, suivie par près de 267 000 abonnés sur Instagram, rapporterait environ 10 000 euros par mois à son agence. Elle existe grâce à Rubén Cruz, le directeur de The Cluelesse, une agence d’influenceurs barcelonaise. 

  • Les enjeux éthiques 

Ces robots ont été conçus pour plaire. Actuellement, il n’existe aucun influenceur IA aussi réaliste que leur homologue féminin. En effet, le corps de ces femmes virtuelles, s’attachent à des standards de beauté presque irréalistes : elles sont fines avec une forte poitrine, leur visage est lisse avec un nez fin et des lèvres pulpeuses, elles n’ont aucun défaut physique. De plus, la mention d’IA sur la description de la page est petite et beaucoup d’internautes peuvent passer à côté. Cet aspect de l’interface pourrait laisser penser qu’il s’agit d’une personne réelle. L’apparition de ces influenceuses pourrait renforcer la pression que ressentent les femmes concernant leur corps, mais aussi jouer plus largement sur la santé mentale des jeunes et des adultes. 

C’est pour ces raisons que les créations des agences sont critiquées. Elles contribuent à faire la promotion de l’hypersexualisation des femmes et de normes de beauté irréalistes

Au-delà de cet aspect, il apparaît que les IA influenceurs pourraient contribuer à brouiller les lignes fines entre réel et virtuel. De même, l’IA a également besoin pour fonctionner de collecter un grand nombre d’informations, ce qui pose des difficultés d’un point de vue de protection de la vie privée. 

Indéniablement, si les créateurs de contenu IA se développent, il y aura un impact sur les métiers de l’image et les métiers affiliés tels que les maquilleurs, les coiffeurs, les photographes…

  • Les enjeux juridiques 

Actuellement, les créateurs de contenus sur les réseaux sociaux sont soumis à des lois, notamment la loi du 09 juin 2023, concernant l’encadrement de l’influence commerciale et la lutte contre les dérives des influenceurs sur les réseaux sociaux. Les stars de ces réseaux ont l’obligation de mentionner dans leur story ou dans leur publications qu’elles réalisent un partenariat ou une collaboration rémunérée ou non rémunérée. 

En outre, ils ont interdiction de réaliser de la promotion sur des produits à but thérapeutique, de la nicotine, certains produits et services financiers. L’ensemble des interdictions se trouve à l’article 4 de ladite loi. À défaut du respect, les créateurs de contenus s’exposent à des sanctions pécuniaires qui sont prévues par le Code de la consommation. 

Mais qu’en est-il des influenceurs IA ? En France, il n’y a aucune indication sur la réglementation de cette catégorie particulière de créateurs de contenus. Ces influenceurs présentent des différences, concrètement, ils sont dirigés par une agence qui gère l’intégralité des contenus publiés, qu’ils soient ou non en lien avec une promotion. Il n’y a aucune indication sur l’obligation de mentionner qu’il s’agit d’une d’interface numérique. 

Pour pallier ce manque, ce sont les plateformes elles-mêmes qui commencent à imposer des règles. Notamment, l’application TikTok a exigé que l’ensemble des publications réalisées par les IA doivent porter une mention particulière, dans le cas où il y a une forte ressemblance avec un véritable individu. L’application Instagram, quant à elle, a obligé la mention d’IA dans la biographie de ces robots. 

Au regard de ces faits, il semble que les IA progressent dans de nombreux secteurs, que l’on pensait réservés à l’humain. Cela fait naître également un paradoxe dans une société qui tend à prôner le naturel et le “body positive”. Ainsi, l’avancée technologique pourrait faire reculer les idées d’une société qui peine à se généraliser.  

 

Justine Van Bever
M2 Cyberjustice – Promotion 2023/2024 

#droit #IA #influenceur #Réseaux sociaux #danger #innovation

 

Sources : 

-RTL info

https://www.ouest-france.fr/high-tech/intelligence-artificielle/generee-par-lia-cette-influenceuse-virtuelle-gagne-jusqua-10-000-euros-par-mois-e37ae1c0-8de5-11ee-b244-826800b6b4f5

https://lareclame.fr/influence-virtuelle-ia-287240

https://18h08.fr/2023/09/14/les-nouveaux-influenceur-ia-danger-ou-opportunite/

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