You are currently viewing Caritas, au cœur d’un scandale financier européen

 Du compte de l’association à l’éparpillement entre des dizaines de comptes, une seule question se pose : comment 61 millions d’euros ont-ils pu disparaître chez Caritas Luxembourg ? Que s’est-il passé dans ce scandale financier déclaré comme le plus grand que le secteur social au Luxembourg ait jamais connu ? 

L’affaire a été dévoilée il y a un an. Caritas Luxembourg, un groupe de deux associations agissant pour les personnes vulnérables, les enfants et les jeunes, ainsi qu’à l’international par des projets humanitaires, a été confronté le 19 juillet 2025 à une escroquerie que le Parquet luxembourgeois a qualifiée d’« arnaque au faux président ».

 

De quoi s’agit-il ?

Cette arnaque, reposant sur des tactiques d’ingénierie sociale, consiste à voler des fonds d’une entreprise en manipulant ses employés, en se faisant passer pour le président de l’entreprise, un directeur général ou financier, ou toute autre personne ayant la légitimité de demander un transfert. Ainsi, en exploitant les « faiblesses psychologiques » de ces employés, ces arnaqueurs demandent et même imposent un transfert bancaire vers un autre compte. Cette arnaque peut durer plusieurs mois, le temps d’apprendre à connaître l’entreprise, les personnes responsables, l’organisation, la structure, les procédures internes et même la culture de l’entreprise.

Une fois les employés victimes ciblés, les escrocs prennent contact avec eux, que ce soit par mail ou par appel téléphonique, et leur demandent de virer une grosse somme d’argent, souvent sur un compte étranger, en prétendant qu’il s’agit de circonstances exceptionnelles et que le transfert doit être effectué le plus rapidement possible, tout en exigeant la discrétion sur l’opération.

C’est souvent grâce à une hiérarchie complexe, voire répartie sur plusieurs pays, que les criminels ont une chance d’arriver à leurs fins.

Avant les faits, le régulateur financier luxembourgeois, la Commission de surveillance du secteur financier (CSSF), avait averti que les entreprises luxembourgeoises étaient de plus en plus ciblées par ce type d’escroquerie. À titre de comparaison, en 2023, 11 cas ont été recensés contre 3 en 2022.

Et pourtant, on est face à une vraie nouveauté : la disparition de 61 millions d’euros.
Bien qu’une partie des fonds ait été retrouvée, leur trace se perd rapidement, compliquant leur récupération. L’argent a été déplacé via plus de 120 transactions sur des comptes en Espagne, incluant des réserves de Caritas et des crédits bancaires. Le parquet précise que la majorité des fonds s’est volatilisée à cause de multiples stratagèmes de blanchiment et de transferts successifs vers des cryptomonnaies à l’échelle mondiale.

 

Déroulement de l’enquête

Depuis l’ouverture de l’enquête judiciaire, la directrice financière était la principale suspecte. Après un mandat d’arrêt, des perquisitions dans les locaux de la fondation, ainsi qu’au domicile de la directrice financière, elle a été placée sous contrôle judiciaire.

Aujourd’hui, l’identité « des détenteurs et bénéficiaires effectifs présumés de 14 comptes espagnols crédités directement et exclusivement par les avoirs détournés au préjudice de la Fondation Caritas a pu être déterminée », selon la Cellule de renseignement financier (CRF), en collaboration avec les enquêteurs du service Formation, Appui et Méthodologie éco-financière (Fame). Ces personnes ont pu être arrêtées en collaboration avec des autorités étrangères, notamment bulgares, britanniques et françaises. 

Les enquêtes s’étendent bien au-delà du territoire luxembourgeois. Environ 30 mandats d’enquête européens ainsi que des commissions rogatoires internationales ont été envoyés aux autorités de 13 pays. Par ailleurs, 27 ordres de perquisition et de saisie, ainsi que 54 ordres de saisie de fonds ont été délivrés au Luxembourg et à l’étranger. Une collaboration avec Europol, Interpol et Eurojust a également été établie.

 

Le scandale a soulevé de sérieuses questions sur la gestion des organisations à but non lucratif, la surveillance bancaire, le contrôle par les autorités de régulation, et la stabilité de la Place financière.

 

Liza Samaha 

M2 Cyberjustice 

 

https://www.virgule.lu/luxembourg/quest-ce-que-l-arnaque-au-faux-president/17279300.html

https://lequotidien.lu/a-la-une/affaire-caritas-deja-un-an/ https://www.virgule.lu/luxembourg/comment-se-sont-deroulees-les-enquetes-dans-laffaire-caritas/79022323.html



Cette publication a un commentaire

  1. samaha

    L’escroquerie au faux président a touché de nombreuses organisations dans le monde, soulignant qu’il est essentiel de mettre en place des procédures et de former
    les personnes opérant dans de telles structures à la vigilance face aux risques de fraude.

    La vigilance et la bonne gouvernance sont une nécessité dans toutes les organisations, afin de contrer les risques et de s’assurer que les actifs destinés à
    des fins sociales soient gérés de manière très conservatrice. Il est véritablement important de mettre en place des mesures afin d’assurer la bonne gestion des
    fonds.

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