You are currently viewing La Passe beauty ou comment l’IA rend les actrices de cinéma plus belles
Image générée par IA

Un film de cinéma doit être parfait. Chaque image, chaque son, chaque parole a son importance. C’est à la post-production de faire attention à chaque détail. Notamment, les étalonneurs sont chargés de rendre un film plus esthétique. C’est ce qu’on appelle le beauty work. Mais ce travail est cher et laborieux, c’est pourquoi l’IA a rapidement trouvé sa place dans le milieu cinématographique. 

 

  • Qu’est-ce que le beauty work ?

Le beauty work au cinéma est une étape spécifique en post-production. Il s’agit de modifier manuellement chaque image filmée une par une, en jouant sur le jeu de couleur, de lumière ou sur la correction d’imperfections. 

Ce travail prend beaucoup de temps aux étalonneurs et coûte extrêmement cher puisque les tarifs peuvent aller de 1 500 à 2 000 € pour une journée de travail. C’est donc tout naturellement que l’intelligence artificielle s’est trouvé une place. Dès lors que le processus est automatisé, on l’appelle la « passe beauty ». Cela fonctionne grâce à un logiciel, qui coûte environ 300 € pour une utilisation à vie. 

L’IA est capable de reconnaître et d’analyser chaque image afin de déceler les zones d’ombre, les zones surexposées, les couleurs dominantes et les contrastes puis de les corriger. Elle est même capable de segmenter les parties spécifiques de l’image, afin de différencier plusieurs parties d’un visage pour les traiter différemment. L’IA peut aussi rendre cohérentes les couleurs d’une même scène filmée sous plusieurs angles de vue ou appliquer un certain filtre, par exemple en rendant les images noires et blanches ou au contraire très vives. Le gain de temps et d’argent est considérable. 

Alors bien sûr, les résultats sont bien moins spectaculaires qu’un travail manuel. Pour le moment l’IA ne peut pas comprendre les subtilités artistiques. Par exemple,  dans le film L’Étrange Histoire de Benjamin Button réalisé par David Fincher en 2008, le personnage est né vieux et devait rajeunir au fil du temps. Ainsi l’acteur devait paraître de plus en plus jeune tout en conservant l’expressivité du visage. Pas sûr que l’IA aurait été capable de faire un bon travail à l’époque. 

Cela instaure un débat bien plus profond encore quant à l’utilisation d’une IA pour modifier les visages. N’y a-t-il pas un risque de perdre une grande partie des émotions ? Cela n’enlève-t-il pas le naturel, le réalisme que l’on souhaite voir au cinéma ? 

Mais l’IA progresse à une vitesse exponentielle. Bientôt, le travail automatisé sera la norme. Il sera de bien meilleure qualité car le système pourra prendre en compte les subtilités artistiques, culturelles. Mais surtout, l’IA va permettre aux étalonneurs de gagner énormément de temps, en leur permettant de ne se concentrer que sur les détails les plus importants. Leur métier n’est donc pas en voie de disparition mais en voie d’évolution. Leur expertise sera toujours nécessaire.

 

  • Comment l’IA est-elle capable d’opérer ? 

Les systèmes d’IA sont entraînés à partir d’un très grand nombre d’images de films préexistants. À base de statistiques, l’IA est capable de comparer les situations et détecter des problèmes, comme une lumière trop forte ou des couleurs déséquilibrées. 

Il est également possible de fournir au système d’IA une image de référence pour qu’elle prenne en compte les jeux de lumière, les valeurs de teinte, le taux de saturation pour appliquer ces mêmes variations aux autres images. 

 

  • La retouche numérique du visage, un problème éthique ? 

Il n’est ni nouveau ni secret qu’au cinéma, les traits des acteurs et actrices sont modifiés. Simplement, le problème réside dans les faits. Les principales personnes concernées par les retouches sont les femmes et souvent les plus âgées. Certaines actrices imposent même dans leur contrat d’avoir accès au travail de beauty work et ont leur mot à dire sur le rendu final. Cela donne lieu à des abus de la part de certaines. Leur peau devient trop lisse, trop parfaite, pas naturelle. 

Au contraire, se pose la question du consentement des autres actrices et acteurs. Celles et ceux qui ne prévoient pas de clause dans leur contrat peuvent-il avoir accès aux images et donner leur avis, voire s’y opposer ? Pas sûr…

Surtout, cela redéfinit totalement les standards de beauté pouvant provoquer des problèmes d’estime de soi pour le public alors que ces personnes veulent ressembler à une beauté artificielle. Cela peut également amener à tendre vers une uniformisation des apparences. En supprimant chaque particularité physique, comme une cicatrice, un grain de beauté, une tache de naissance, on participe en quelque sorte à déshumaniser la société.

Mais d’un autre côté, cela permet d’admirer des actrices talentueuses bien plus longtemps, alors que le public ne cesse de demander de la « chair fraîche », du renouveau. 

Souvenons-nous tout d’abord que le cinéma, depuis Georges Méliès, est le royaume de l’illusion et du trucage mis au service de l’histoire et de l’imaginaire. Ceci permettant des images et des scènes qui ne seraient pas réalisables dans le réel.

Souvenons-nous aussi que chaque évolution technique dans le cinéma a toujours suscité inquiétude, débat et interrogation. L’arrivée du son et de la voix réelle a fait disparaître beaucoup de stars du muet, l’utilisation des fonds verts, de la motion capture (capture du mouvement du corps pour contrôler la contrepartie numérique) ont également bouleversé le rôle de l’acteur. C’est désormais au tour de l’intelligence artificielle.

 

PERRIN–CONRARD Louis

M2 – Cyberjustice

Sources :