ROB’AUTISME : QUAND LES ROBOTS VIENNENT EN AIDE AUX AUTISTES

Grâce à l’élaboration du robot NAO, les adolescents autistes se connectent ! Ce petit humanoïde a été pensé pour aider et accompagner au développement des enfants présentant un trouble du spectre autistique (TSA). Cette expérimentation s’est avérée fructueuse pour diverses raisons et à plusieurs égards : explication !

  • Origine du projet

Le robot NAO repose sur une expérience thérapeutique qui a été envisagée avec et pour des adolescents autistes. Deux associations « Stereolux » et « Robots ! » ainsi que deux institutions, le CPGEA (Centre psychothérapique pour grands enfants et adolescents lié au CHU de Nantes) et L’École Centrale ont initié cette expérience collaborative dès 2014. 

Au départ, ce programme ne concernait que six enfants nantais âgés de 14 à 16 ans et scolarisés dans un milieu adapté à leur TSA. Chez eux, le trouble se caractérisait principalement par un isolement, une perturbation des interactions sociales ainsi que des troubles du langage et de la communication. L’idée était de faire bénéficier à ces adolescents d’un accompagnement thérapeutique basé sur l’utilisation de robots. L’objectif a été de rendre compte, d’analyser et d’étudier la manière dont la médiation robotique peut contribuer à améliorer les compétences communicationnelles et relationnelles de ces adolescents. 

Le bilan tiré de cette première étude fut concluant : les robots humanoïdes peuvent être de bons instruments pour aider les enfants atteints d’autisme dans l’acquisition de certains comportements et dans leur apprentissage.

  • Une logique de personnalisation… 

Le programmateur du robot n’est autre que l’adolescent qui l’utilise. En effet, c’est ce dernier qui l’anime, en lui faisant faire et dire ce qu’il veut. En quelque sorte, l’enfant s’exprime à travers l’humanoïde. Ainsi, le robot est complètement personnalisé par son utilisateur. La personnalisation est totale, puisqu’elle passe par le choix de la voix, le choix du ton, la vitesse de mouvement et de débit de parole par exemple. L’humanoïde est une réelle extension de celui qui le programme. 

  • … vecteur de progrès spectaculaires

Le robot est avant tout utilisé comme un outil : c’est un réel médiateur entre l’enfant troublé et le monde qui s’est rapidement révélé concluant. Déjà, son utilisation relève d’une sorte de micro-société où l’environnement est fixe, rigide et prévisible. Les mêmes choses sont retrouvées, ce qui permet aux enfants de se repérer et d’être en confiance. La voix est la même, le ton est le même, et cela contribue aussi à rassurer les utilisateurs, qui se sont pleinement identifiés à cet individu. NAO permet aussi de rendre les enfants actifs, créateurs. L’idée a notamment été d’inventer une solution qui leur est propre pour se sociabiliser, et aller au-delà de leurs craintes de manière douce et enrichissante. 

Cette expérimentation permet en outre à ses utilisateurs d’exprimer leurs sentiments, chose rudement complexe pour des souffrants de TSA. C’est d’ailleurs l’aspect communicatif qui est au centre des progrès observés. En ce sens, le robot leur permet de mieux se faire comprendre, d’écouter davantage les autres, de réussir à travailler en groupe et surtout de se livrer. Ces enfants, dont on entendait que très rarement la voix se sont mis à parler, et même à se livrer ! 

L’humanoïde représente aussi pour eux un véritable « ami », les enfants s’identifient à lui, ils lui confient des choses. C’est un réel compagnon d’apprentissage, de dialogue, mais aussi de jeu. Face à lui, ils se sentent pleinement en confiance, en particulier grâce à son indifférence, il ne montre pas de réelles émotions, gardant face rigide face aux confidences qui lui sont faites. De cette manière, cette monotonie permet aux adolescents de ne pas se sentir inférieurs, jugés et différents. C’est justement de ces avantages que de réels progrès de communication ont découlé. 

Force a aussi été de constater que les progrès, qui découlent de leur relation avec le mini robot, se sont reproduits au contact de l’humain et de la société en général. Si au départ, le robot est utilisé comme une protection entre le monde extérieur et l’enfant, il lui a permis de s’émanciper et de s’y ouvrir. Très vite, plutôt que de dicter les phrases ou de commander les gestes à NAO qui les reproduira avec un laps de temps, l’enfant se sent en confiance et prêt à directement communiquer avec ceux qui l’entourent. La finalité réside dans une meilleure appréhension des relations, donc d’une meilleure identification d’eux-mêmes mais aussi des autres.


En définitive, NAO, outil et ami, s’est avéré être une innovation de taille face à l’autisme. Néanmoins, sa non-spontanéité pourrait s’avérer problématique lors d’une crise ou d’une angoisse de son utilisateur… car si rien n’est programmé, l’humanoïde ne fait rien ; or face à cette maladie, ces difficultés ne peuvent se prévoir ! Et n’oublions pas que si on peut apprendre à un robot à dire je t’aime, on ne peut pas (encore) lui apprendre à aimer.

Marie HOLDER 

M2 Cyberjustice – Promotion 2020/2021

Sources :

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