LE « LEGAL OPS », NOUVEL ACTEUR DE LA TRANSFORMATION NUMÉRIQUE DE L’ENTREPRISE

« Les entreprises les plus matures dans leur transformation numérique ont une croissance six fois plus élevée que les entreprises les plus en retard », indique le cabinet de conseil en affaires Roland Berger. En effet, la digitalisation est aujourd’hui une stratégie incontournable dans la vie des entreprises. Aucun département n’échappe à cette transformation digitale, le département juridique y est soumis comme tous les autres.

Plus que jamais, les entreprises doivent faire face à des problématiques diverses et complexes : risques cyber, budget, compétitivité etc. Autant de contraintes qui peuvent mettre à mal la productivité d’une société. Aussi doivent-elles se doter de personnes compétentes capables de mener à bien cette transformation numérique. Pour répondre à ces besoins, le métier de « Legal Ops » (ou Legal Operations Officer) est apparu. 

Le « Legal Ops » a vu le jour au début des années 2000 au sein des entreprises américaines les plus puissantes. Mais, ce n’est qu’après la crise des subprimes en 2008 que ses services sont devenus indispensables. En effet, en 2009, les start-ups de la Silicon Valley ont commencé à créer des postes de « Legal Ops » pour leur département juridique, comprenant que le budget alloué aux dépenses juridiques était un atout majeur pour leur croissance. 

Depuis sa création, le métier ne cesse de gagner en popularité. Une étude conduite par l’association nord-américaine des Legal Operations Officer (le CLOC) a établi que 78% des « Legal Ops » travaillaient dans des entreprises situées aux États-Unis. 

Le « Legal Ops » : un acteur polyvalent de la digitalisation de l’entreprise 

Selon le CLOC, le Legal Operations Officer doit posséder des compétences juridiques, techniques et humaines, ce qui fait de lui un véritable « couteau suisse ». Parmi ses missions, on compte la refonte des méthodes de travail de l’équipe juridique, la communication entre les différents services internes de l’entreprise et l’implémentation d’outils numériques au sein de l’entreprise. 

Le pilier de la transformation numérique du département juridique 

Les exigences légales qu’impose le RGPD (protection, traitement, stockage et archivage des données) constituent indéniablement une charge supplémentaire pour l’entreprise. Dans ce contexte, le rôle du « Legal Ops » est de rendre le travail des juristes plus aisé. Parmi les tâches qui incombent à l’équipe juridique, certaines, comme l’édition de factures ou la mise en forme de modèles de contrats, sont répétitives et chronophages. Ces tâches, qui font perdre en moyenne deux heures quotidiennement, se prêtent tout particulièrement à une prise en charge numérique. Ainsi, le « Legal Ops », en collaboration avec le chef de projet à l’innovation de l’entreprise, met en place des legaltechs afin d’alléger la charge globale des juristes. Par exemple, des systèmes de e-billing (factures dématérialisées) ou de e-contract (contrats électroniques) seront mis à leur disposition. 

L’implémentation et le recours aux outils numériques a démontré son efficacité. En témoigne l’exemple suivant : en 2015, Steve Harmon, directeur juridique chez Cisco, décide de mettre en place une équipe d’une quarantaine de « Legal Ops » chargée d’implémenter des outils numériques de gestion de contrats et de stockage de fichiers. Après son intégration, cet outil numérique de gestion de contrats a permis à lui seul des économies de 29 millions de dollars sur une période de 5 ans pour le département juridique. 

Un  rôle de conciliateur des services internes de l’entreprise 

Le « Legal Ops » doit avoir de réelles compétences relationnelles. Il va non seulement devoir collaborer avec les différents services internes à l’entreprise (comité de direction, comité opérationnel), mais également favoriser la communication de ces différents services entre eux. Dans une interview à Ark Group London, Alastair Mitchell, « Legal Ops » chez Pinsent Masons (cabinet juridique londonien), explique : « C’est à la fois un rôle de coordinateur, de mentor et de consultant. Il s’agit d’inviter les équipes à réfléchir différemment, les encourager à développer leur créativité et leur esprit stratège ».  Le « Legal Ops » doit aussi être à l’écoute des acteurs externes à l’entreprise (clients actuels et potentiels, cabinets d’avocats collaborateurs). Pour une communication efficace et une meilleure lisibilité des exigences juridiques, le Legal Operations Officer va créer des guides pratiques afin de sensibiliser les acteurs internes et externes aux enjeux d’une transformation digitale.

L’arrivée du « Legal Ops » en France 

Dans l’optique de promouvoir ce nouveau métier, une « Commission Legal Ops » a été créée par l’AFJE (Association Française des Juristes d’Entreprise) en décembre 2020. Cette commission a vocation à être un centre d’informations et un lieu de créations de méthodes afin de les mettre à disposition des professionnels. 

Même si le recrutement de « Legal Ops » est encore timide en France (on comptait 0,8% de profils en 2018), ils sont bien intégrés dans les entreprises du CAC40. La crise sanitaire actuelle, en rendant les entreprises plus vulnérables de manière générale, vient conforter la nécessité de recourir aux compétences du Legal Operations Officer pour consolider l’entreprise.

Camille REIFFSTECK – Master 2 Cyberjustice 

Promotion 2020/2021

SOURCES :

  • https://www.lemondedudroit.fr/institutions/72806-afje-commission-legal-ops.html
  • https://www.editions-legislatives.fr/actualite/mais-au-fait-c%E2%80%99est-quoi-exactement-les-%C2%ABlegal-operations%C2%BB
  • https://www.lja.fr/fiches-pratiques/gestion-et-organisation/organisation/les-legal-operations-au-coeur-de-lefficience-de-la-direction-juridique-526190.php
  • 2020 Corporate Legal Operations Report – Facts & Analysis, Consero Group, 2020 
  • The four faces of the legal operations executive, Deloitte Development LLC, 2020 

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