« Sharenting » : quand l’exposition des enfants sur les réseaux sociaux comporte des risques

D’après une étude réalisée par Faireparterie, 30 % des enfants ont une identité numérique avant même de naître. 36 % des parents ont déjà utilisé une photo de leur enfant en guise de photo de profil sur un réseau. Ce phénomène appelé le « sharenting » est devenu de plus en plus populaire sur les réseaux sociaux.  Toutefois, cette pratique soulève des interrogations au regard de la vie privée des enfants et de la notion d’empreinte numérique. 

Qu’est-ce que le « Sharenting » ?

Le « Sharenting » est une expression anglo-saxonne. Elle désigne la pratique qui consiste à publier des photos et vidéos de vos enfants ou petits-enfants sur les réseaux sociaux. Le Sharenting provient de la fusion des mots : 

  • To share (qui signifie « partager »).
  •  Parenting (qui signifie « parentalité »).

On assiste de plus en plus aux publications de photos d’enfants. Ce phénomène étant encouragé par l’apparition des influenceurs. Différents hashtags sont apparus : 

  • Le Hashtag #Kids a servi dans plus de 98 millions de photos sur Instagram.  
  • Le Hashtag #Baby fut utilisé dans plus de 194 millions de publications sur Instagram. 


Les risques du « Sharenting »

  • Empreinte numérique de l’enfant : Selon une étude, « 90% des parents d’enfants de moins de 8 ans laissent une empreinte numérique de leurs enfants ». L’empreinte numérique désigne l’ensemble des traces laissées volontairement ou involontairement sur le Web. En publiant un certain nombre d’informations sur leurs enfants, les parents leur créent une empreinte numérique. Ces renseignements personnels peuvent être utilisés par des personnes malintentionnées. 
  • Réputation et vie privée de l’enfant : L’article 9 du code civil dispose que « chacun a droit au respect de sa vie privée ». En principe, l’enfant ne peut pas donner son consentement. Les parents sont responsables du droit à l’image de leurs enfants.  Il revient aux parents de réfléchir avant de poster sur les réseaux sociaux afin de préserver leur e-réputation. D’autant plus que le droit à l’oubli, principe qui consiste à demander l’effacement d’une information en ligne, est difficile à mettre en œuvre dans la pratique.
  • Pornographie juvénile. Le partage de photos sur les réseaux sociaux peut exposer l’enfant à de la pornographie juvénile. Les photos « n’ont qu’à être reprises par des individus mal intentionnés qui les diffusent dans un tout autre contexte » affirme Maître Fréchette. 
  • En publiant sur un réseau social, le parent autorise l’utilisation de ces éléments à des fins de publicité. D’après une étude menée en Grande Bretagne, pour un enfant anglais de l’âge de 13 ans, il y aurait 1300 photos qui circuleraient sur internet. 

D’autre part, Florence Millot met en garde sur les risques psychologiques. Cette pratique peut avoir des conséquences sur la construction de l’adolescent.  Elle affirme que « le risque est que, lorsqu’un enfant comprend que pour être aimé par ses parents ou être aimé de l’extérieur il faut savoir faire quelque chose qui correspond à une attente extérieur – à savoir être beau, fort, drôle et les mettre sur les réseaux sociaux – une fois adulte, celui-ci, pris dans ce piège affectif, continue de toujours rentrer dans ce mécanisme pour pouvoir plaire ». 

Quid du cadre juridique du « Sharenting » ?

L’image est considérée comme un des attributs de la personnalité. « Toute personne a sur son image et sur l’utilisation qui en est faite, un droit exclusif et peut s’opposer à sa diffusion sans son autorisation ». 

Ce sont les parents, titulaires de l’autorité parentale, qui autorisent ou non la publication de photos de leurs enfants. Dans un arrêt en date du 9 février 2017, la Cour d’appel de Paris a « interdit à chacun des parents de diffuser des photographies des enfants sur tous supports sans l’accord de l’autre parent ». A travers cet arrêt, la cour réaffirme la nécessité d’obtenir l’accord des deux parents pour toute publication de photos d’enfants sur les réseaux sociaux. 

L’omniprésence des réseaux sociaux a conduit à une surexposition des enfants sur internet. L’objectif est de trouver une limite entre le besoin de partager et l’intérêt de l’enfant. 

Morgane BINNERT 

M2 Cyberjustice – Promotion 2020/2021

SOURCES : 

https://www.faireparterie.fr/etude-enfants-rapport-digital/ – enfants-ecrans

http://www.iredic.fr/2020/01/10/partager-les-images-de-ses-enfants-sur-internet-les-limites-du-sharenting/social (sondage faireparterie – Institut GECE, juin 2018).

https://www.atlantico.fr/decryptage/3135952/la-face-sombre-du-sharenting–pourquoi-vous-devriez-arreter-de-poster-des-photos-de-vos-enfants-sur-les-reseaux-sociaux-millot

A-t-on le droit de publier des photos de ses enfants sur les réseaux sociaux

https://naitreetgrandir.com/fr/etape/0_12_mois/viefamille/fiche.aspx?doc=reseaux-sociaux-empreinte-numerique-enfants

Surpartage parentale près de l’enfance loin de l’enfance

https://www.village-justice.com/articles/est-que-droit-image,18187.html – :~:text=Selon les tribunaux, « Toute personne,la diffusion de son image

https://www.blogdumoderateur.com/empreinte-numerique-90-des-parents-denfants-de-moins-de-8-ans-les-exposent-sur-internet/

https://plus.lapresse.ca/screens/132cfe9e-2419-4272-a80b-d4599defee0b__7C___0.html

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