L’intelligence artificielle : un outil efficace dans la lutte contre le terrorisme ?

Suite à la résurgence des attentats terroristes perpétrés en Europe, bon nombre de pays européens se tournent vers les technologies émergentes pour endiguer le phénomène. 

Avec l’arrivée du Web 2.0, les contenus à caractère terroriste se sont multipliés sur les réseaux sociaux. Plusieurs pays comme le Royaume-Uni, le Canada et la France ont créé des infractions spécifiques relatives à l’apologie du terrorisme en ligne, en mettant à contribution les grands acteurs du numérique tels que Facebook ou Youtube. Cependant, même si les systèmes de signalement de contenus à caractère terroriste proposés par les plateformes en ligne permettent de lutter contre une partie des groupuscules, ils ne sont pas suffisamment efficaces. À la mi-novembre, le ministère de l’Intérieur enregistrait 38 000 signalements à la plateforme Pharos, et seulement une centaine d’entre eux ont entraîné l’ouverture d’une enquête. 

Plus récemment, les États se sont intéressés à l’utilisation d’une autre technologie émergente pour lutter contre le terrorisme : l’intelligence artificielle. Celle-ci était jusqu’ici surtout utilisée par les grandes entreprises du domaine civil. Or, l’intelligence artificielle ne serait-elle pas un outil efficace en matière de lutte anti-terroriste ? 

Des pistes d’application prometteuses de l’intelligence artificielle…

Il faut savoir qu’en matière de lutte anti-terroriste, la justice, les services de renseignement et de défense agissent de manière préventive. Ces domaines d’action se sont très tôt dotés de moyens techniques de surveillance et d’enquête : écoutes téléphoniques, interceptions de flux internet, espionnage informatique… Toutes ces solutions permettent d’identifier les projets terroristes et d’arrêter les individus  avant qu’ils ne passent à l’acte. 

L’exemple le plus probant en matière d’intelligence artificielle est l’utilisation des drones autonomes, qui a déjà pu faire ses preuves dans le milieu des armées. En effet, les armées américaines ont investi dans des drones de petite taille capables de se déplacer en « essaim ». La France s’est également penchée sur le développement de ces drones en essaim en mars 2020, à l’occasion d’un concours organisé par la Direction Générale de l’Armement. 

Plusieurs figures politiques françaises se disent favorables au recours de l’intelligence artificielle dans la lutte anti-terroriste. Valérie Pécresse (présidente de la région Île-de-France) et Jean-Baptiste Djebbari (ministre des transports) proposent le déploiement de la reconnaissance faciale dans les transports en commun. À l’aide de caméras, ce dispositif pourrait permettre d’identifier les comportements et les gestes suspects de terroristes potentiels. 

…mais non sans risques ! 

Rappelons que, pour l’heure, l’intelligence artificielle est capable de détecter et de reconnaître des données, de les prédire ou de les analyser. Ainsi, cette technologie a pour but d’accomplir des tâches simples réservées aux humains. Dans le secteur de la défense, ces algorithmes requièrent une précision toute autre lorsqu’il s’agit d’analyser des données militaires contenues dans des sonars, des imageries thermiques ou des appareils cryptés. En effet, en ce qui concerne les systèmes d’armes létales autonomes, la neutralisation d’une cible est possible sans intervention humaine. Toutefois, dans ce cas précis, une décision en amont doit obligatoirement être prise. En effet, le ministère des Affaires étrangères rappelle que l’usage de l’intelligence artificielle doit être « rattaché à une responsabilité humaine »

Ainsi, la propension des services de renseignement et de défense à se doter de technologies basées sur l’intelligence artificielle doit évoluer avec prudence. 

Dans le domaine civil, le recours à la reconnaissance faciale dans les transports en commun inquiète de nombreux experts. Certains se posent la question de ce qui peut être considéré comme un comportement suspect. Par exemple, l’intelligence artificielle pourrait se révéler inefficace puisque certains terroristes ont recours à la « taqîya » — technique de dissimulation — pour éviter de se faire repérer par les services de renseignement. La CNIL a également émis des réserves à ce sujet quant aux libertés individuelles. Et si l’IA détectait à tort des citoyens qui n’ont pas de comportements suspects ? On peut également imaginer que des technologies intrusives comme celles-ci pourraient créer un sentiment de surveillance constante chez les citoyens et entacher le bon fonctionnement d’une société démocratique. 

Une inquiétude grandissante face à l’utilisation de l’IA par les groupes terroristes 

Les nouvelles technologies, devenant de plus en plus accessibles, se diffusent auprès d’un large public; cette accessibilité accroît nécessairement les risques d’un usage nocif. 

Les forces armées craignent en effet que les terroristes s’emparent de l’intelligence artificielle pour faciliter leurs actions criminelles. Certains groupuscules utilisent déjà l’intelligence artificielle à des fins terroristes. L’État Islamique par exemple a déjà eu recours à des drones de petite taille quasi indétectables par les services de renseignement. 

La menace terroriste croissante contraint les États à trouver dans l’urgence de nouveaux moyens d’action. La lutte anti-terroriste exige anticipation et réactivité : il faut surveiller des individus potentiellement dangereux et les arrêter avant qu’ils ne commettent un attentat. Voilà pourquoi la capacité et la rapidité d’analyse d’une intelligence artificielle à traiter des données en font un moyen efficace pour prévenir les actions terroristes.

Camille Reiffsteck 

Master 2 Cyberjustice – Promotion 2020/2021

SOURCES : 

https://www.usine-digitale.fr/article/contre-le-terrorisme-valerie-pecresse-prone-l-utilisation-de-la-reconnaissance-faciale-dans-les-transports.N1020324

https://www.lexpress.fr/actualite/sciences/pourquoi-l-intelligence-artificielle-ne-permettra-pas-d-eliminer-la-menace-terroriste_2137857.html

https://www.touteleurope.eu/actualite/comment-l-union-europeenne-lutte-t-elle-contre-le-terrorisme.html

https://www.vie-publique.fr/eclairage/18530-trente-ans-de-legislation-antiterroriste

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