Le test de Turing : une machine imitant l’Homme ?

lan Turing est un scientifique qui a beaucoup apporté dans le domaine mathématique mais également en informatique. La machine de Turing est un des fondements de l’ordinateur moderne. Cependant, l’apport de Turing ne s’arrête pas à cette machine, il a aussi mis en place le test de Turing. Ce test est un élément important de l’intelligence artificielle (IA). 

  • Qu’est-ce que le test de Turing ? 

Le test de Turing permet de tester les capacités d’une machine à démontrer des signes d’intelligence humaine. Le principe est simple, un arbitre humain doit juger une conversation textuelle entre un humain et une machine. L’arbitre sait qu’un des deux participants est une machine mais il ne sait pas lequel. L’évaluateur doit juger en cinq minutes qui est l’humain et qui est la machine, si à la fin de ces cinq minutes il ne peut discerner l’humain de la machine, le test est relevé avec succès. 

Ce test ne mesure pas la capacité d’une machine à répondre à une question avec succès mais à quel point les réponses de la machine ressemblent à celles de la l’humain.  

Deux programmes ont réussi à passer le test de Turing. En 1966, Joseph Weizenbaum a créé le programme ELIZA qui pouvait examiner un texte en cherchant des mots clés et ainsi formuler une réponse cohérente. Si ELIZA ne trouvait pas de réponse cohérente avec les mots clés, elle répondait de façon générique. Grâce à cela, beaucoup de personnes en ont conclu que le programme ELIZA était une personne et non une machine. ELIZA est donc le premier programme réputé comme avoir passé le test de Turing. 

Un deuxième programme a pu passer ce test en 1972 : PARRY. Ce programme imitait le comportement d’une personne schizophrène paranoïaque. Pour ce programme, une variante du test de Turing fut utilisée. En effet, un groupe de psychiatres fut chargé d’analyser des patients humains et des ordinateurs utilisant le programme PARRY. Un autre groupe de psychiatre reçut les transcriptions de ces conversations. Les deux groupes ont dût identifier quels patients étaient des humains et lesquels étaient des ordinateurs. 52% du temps les psychiatres se sont trompés.

Aujourd’hui de tels programmes existent sous le terme chatbots bien que certains sont très basiques et on comprend que ce sont des ordinateurs, d’autres peuvent tromper l’humain. 

  • Quels sont les avantages et inconvénients de ce test ? 

Commençons tout d’abord par les points positifs. Le principal atout de ce test est sa simplicité. En effet, au fil des siècles les philosophes et les scientifiques n’ont jamais pu préciser ce qu’est l’intelligence et la pensée. De ce fait, donner une définition et préciser ce qu’est l’intelligence artificielle n’est pas chose aisée. Par sa simplicité et malgré les imperfections que nous énumérerons plus tard dans cet article, le test de Turing permet de mettre en place un étalon de mesure. Il permet une approche d’une question philosophique particulièrement complexe. 

Ainsi, pour relever ce test, la machine doit utiliser plusieurs capacités telles que le langage naturel, la raison, la connaissance ainsi que l’apprentissage. Aujourd’hui, il est aussi possible d’utiliser des entrées vidéos, forçant l’ordinateur à utiliser la technologie de vision. 

De plus, ce test ne demande aucune connaissance technique de l’intelligence artificielle mais bien la capacité de la machine à répondre comme un humain. La machine ne doit pas résoudre une équation mais simplement gagner à un jeu, le jeu de l’imitation, se faire passer pour un humain. Ainsi, ce sont ces capacités d’empathie qui sont testées. En effet, beaucoup de spécialistes modernes de l’intelligence artificielle considèrent que Turing avait eu le pressentiment que l’empathie et l’intelligence émotionnelle seraient les clés permettant de développer des intelligences artificielles bienveillantes. L’Europe souhaite investir dans une intelligence artificielle bienveillante, c’est ainsi que cette année elle a sorti un livre blanc afin d’encadrer et de profiter des bienfaits de l’IA.

Cependant, ce test fait aussi l’objet de quelques critiques. En effet, ce test évalue le comportement et non l’intelligence artificielle pure or le comportement humain n’est pas un comportement intelligent. De même, l’intelligence peut aussi trahir la machine. Si celle-ci résout un problème mathématique complexe, les arbitres sauront que c’est une machine. Il faut aussi prendre en compte que la machine peut seulement simuler un comportement intelligent sans pour autant comprendre la conversation, c’est le cas d’ELIZA. Ce test ne permet pas de vérifier si la machine pense. La question de Turing pour ce test est de savoir si une machine pense, et pour cela on va d’abord déterminer la possibilité pour une machine de penser avant tout. 

D’autres problèmes sont aussi à prendre en compte comme la naïveté humaine ou encore l’anthropomorphisme où les humains ont tendance à considérer un objet inhumain comme un humain. Effectivement, les humains parlent à leurs voitures ou portables. Face à ces problèmes, certains chercheurs considèrent que le test de Turing ralentit la recherche dans le domaine de l’IA. Plusieurs tests permettent de tester une machine sans pour autant avoir l’ambition de comparer la machine à la complexité de la pensée humaine. Les scientifiques Russel et Norvig décrivent bien cette sensation en expliquant qu’on teste les avions sur leurs capacités à voler et non à imiter des oiseaux. 

Bien qu’ELIZA et PARRY ont pu tromper l’humain pendant plus de cinq minutes, rien de bien concret n’a été fait. Aucune machine essayant de reproduire la pensée humaine n’a été fabriqué. Il faudra sûrement attendre de nombreuses années avant que le test ne soit réellement passé. Les scientifiques les plus optimistes parient sur une réussite vers 2030. Quels seraient les bénéfices d’une machine réfléchissant comme un humain ? L’Homme n’est pas parfait, pourrait-on rendre la machine parfaite si jamais elle était créée ? Affaire à suivre… 

Julie HAVY

M2 Cyberjustice

Promotion 2019 – 2020

Sources : 

https://www.reseau-canope.fr/docsciences/Des-machines-intelligentes.html

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