Safe cities : la sécurité, à quel prix ?

La promesse d’une technologie qui participe à la lutte contre la criminalité, à la prévention des dangers tant terroristes que pour le piéton qui se balade est alléchante. Cependant, cette sécurité nécessite l’analyse permanente de données, notamment vidéo :  le traitement massif de données personnelles aux fins d’une sécurité des rues mais au détriment de la vie privée des citoyens ?

  • Qu’est-ce qu’une safe city ?

On entend déjà parler des smart cities, ces villes intelligentes et ultra connectées. Pour les safe cities, la technologie est également au centre du concept. Il s’agit ni plus ni moins d’un dérivé de la smart city où la sécurité urbaine est un enjeu majeur. 

Il est question d’utiliser les technologies de surveillance, telles que la vidéosurveillance et de traiter intelligemment les données afin de cibler rapidement et efficacement les cas d’alertes et améliorer les interventions des forces de l’ordre.

Autrement dit, les clés de la safe city sont : 

  • Le traitement de données en temps réel afin d’identifier les menaces 
  • Une centralisation des interventions grâce à une mobilisation et coordination des moyens,  par exemple, le partage d’information.
  • Prévenir, voire prédire, les situations dangereuses (« Police prédictive »).
  • L’utilisation des moyens technologiques comme la géolocalisation, le big data, les objets connectés et l’intelligence artificielle.

Par exemple, après l’attentat de la promenade des Anglais à Nice, la ville a décidé de se lancer dans le projet « SafeCity » en collaboration avec la société Thalès. Des centrales de commandes-contrôle ont été mises en place pour surveiller voie publique et réseaux sociaux. Nice a mis en place des technologies telles que des caméras dômes sur la voie publique, des caméras nomades, des boîtiers d’alerte dans les bâtiments, la géolocalisation dont toutes leurs données sont traitées grâce à un algorithme pour optimiser le temps d’intervention des agents. D’autres villes françaises ont aussi succombé à l’installation de systèmes de vidéosurveillance intelligente. L’objectif ? Eviter les délits, les crimes, intervenir rapidement sur un accident ou dans les situations de détresse comme un risque de suicide, ou encore même, dissuader les piétons de traverser au feu rouge. 

  • De la sécurité à la discrimination et la surveillance massive ?

Ce qui inquiète particulièrement, c’est que les citoyens seront constamment surveillés ; Par exemple, en 2019, grâce à un logiciel développé par une start-up appelée Two-i, Nice a testé un système de reconnaissance faciale dans les tramways afin de détecter les émotions des usagers et de les analyser. Ce logiciel détecterait une personne potentiellement dangereuse ou alors, dans le cas des tramways, un malaise voyageur. 

Dans le cadre de la safe city, des logiciels sont développés pour exercer ce que l’on appelle la police prédictive. Cette technique, notamment la reconnaissance faciale, est particulièrement utilisée  par la police aux Etats-Unis. Néanmoins, le risque de profilage racial, de surveillance ou de violations des libertés individuelles ont poussé certains grands groupes à refuser l’utilisation de leurs technologies à la police tant que des lois ne seront pas mises en place et encore plus dans les circonstances actuelles.

De plus, nous avons déjà l’exemple de dérive de la reconnaissance faciale utilisée pour la sécurité des rues. Par exemple, en Chine pour surveiller les Ouïghours ou encore plus récemment, aux Etats-Unis pour détecter les personnes présentes aux manifestations telles qu’au mouvement Black Live Matters. 

La crise sanitaire de 2020 a accéléré la surveillance automatisée dans les villes et la rend presque normale, ce qui est dénoncé à travers la campagne Technopolis. Or, la multiplication de ces techniques de sécurité pose la question, déjà relevée par la CNIL, du respect à sa vie privée mais aussi du respect du droit au citoyen d’aller et venir anonymement dans l’espace public. Même si l’objectif est de donner aux citoyens le sentiment d’être en sécurité dans la ville, ils peuvent paradoxalement avoir le sentiment de toujours être surveillés et que tous leurs gestes sont jugés et analysés. La CNIL évoque par ailleurs « l’effet d’intimidation » qui signifie que les personnes vont modifier leur comportement car ils savent qu’ils sont observés en permanence.

La suite logique revient aux techniques de « crédit social » déjà utilisées en Chine. Sommes-nous favorables à céder notre vie privée à ce point contre le maintien de l’ordre public ? Il sera question de déterminer la politique de sécurité des villes en prenant en compte les limites entre la vie privée et la sécurité civile. Cependant, les actions de la CNIL semblent aujourd’hui encore insuffisantes comme l’explique un article de La Quadrature du Net.

DELIRE Alexandra

M2 Cyberjustice – Promotion 2019/2020

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